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	<title>Piret-Magazine n°107-108 &#8211; Piret-Magazine</title>
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	<description>Un site de la famille Piret-Meurs</description>
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		<title>1940, La famille Piret &#8211; Le grand chambardement</title>
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		<dc:creator><![CDATA[alisce]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Apr 2018 00:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Piret-Magazine n°107-108]]></category>
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					<description><![CDATA[1940, le grand chambardement : on était fous ! Après bien des hésitation, et pressés par les autorités militaires, la famille Piret quittera la ferme de Dinant à Baulers pour se perdre dans la caravane de l’exode. Mais auparavant, il y aura eu le départ des garçons vers la France. Famille Piret,<a class="moretag" href="https://www.meurs.be/2018/04/22/266/"> Lire la suite&#8230;</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h1>1940, le grand chambardement : on était fous !</h1>
<p style="padding-left:90px;"><em>Après bien des hésitation, et pressés par les autorités militaires, la famille Piret quittera la ferme de Dinant à Baulers pour se perdre dans la caravane de l’exode. Mais auparavant, il y aura eu le départ des garçons vers la France. </em></p>
<p style="padding-left:90px;">Famille Piret, de la ferme de Dinant à Baulers</p>
<p style="padding-left:90px;">Famille Plasman, de la ferme du Vert-Coucou à Lillois</p>
<p style="padding-left:90px;">Familles Tamigneaux, de Nivelles et Boussu (1)</p>
<p style="padding-left:90px;">Les récits ont été recueillis en 1990 (c’était le 50<sup>ème</sup> anniversaire des évènements de 1940) par Michelle Plasman et Jean-François Meurs, lors d’une réunion « des matantes » Piret.</p>
<h2 class="style1">Premières émotions</h2>
<p><strong>Vendredi 10 mai</strong>. Vers 5 heures du matin, alerté par la vibration des vitres et un vrombissement tout à fait inusité, Papa Adolphe Piret se lève précipitamment et sort « en pagna volant » (2) sur la route, au grand amusement des maraîchers qui vont s’installer au marché de Braine-l’Alleud. Ils rigolent de lui. Il nous (3) crie : « Maintenant, c’est la guerre ! » Les bombardiers à croix noires pilonnent le terrain d’aviation de Nivelles, qui est là, devant la ferme Piret, à 3 km environ à vol d’oiseau. Pour la famille Piret, c’est la première frayeur. Il y en aura d’autres. Le fracas de l’attaque est épouvantable. Colette, dans son affolement, trébuche sur le pot de chambre et le renverse. Son souvenir dégoûté est encore très vif.</p>
<p><strong>Samedi 11 mai</strong>. Nous sommes à la veille de la Pentecôte. Les parents Piret sont descendus au marché de Nivelles. Vers 11-12 heures, trois bombes tombent tout près de la ferme de Dinant. La première dans la prairie le long de la route allant vers Lillois ; la seconde creuse un énorme trou près du chemin d’Ophain (4) ; la troisième tombe sur le chemin de fer.</p>
<p><strong>Dimanche 12 mai</strong>. Les chasseurs ardennais ont encaissé le premier choc ; le front de Liège est enfoncé, mais à Baulers, pour le moment, on ignore ces nouvelles. Des avions survolent la ferme, des soldats belges qui passaient par là se cachent sous les pommiers, tandis que les filles Piret vont regarder les avions ! « Les soldats criaient de nous cacher. Nous n’avions pas conscience du danger, mais eux avaient déjà été mitraillés, et ils avaient peur ! »</p>
<h2 class="style1">Le départ des garçons</h2>
<p><strong>Lundi 13 mai</strong>. Le CRAB, Centre de Recrutement de l’Armée Belge, a donné l’ordre à tous les hommes de 16 à 35 ans de se rassembler pour être évacués vers la France. Le rendez-vous est prévu pour le lendemain, place Saint-Paul à Nivelles, vers 6 heures du matin. Alfred, Pierre, Jules Paesmans (5) et Léon Maillet sont concernés. On prépare leurs bagages.</p>
<p>Dans l’après-midi, des réfugiés arrivent par le « chemin Thomas », passant devant la ferme de Bon Air (6). Ils viennent de Thorembais et de la région de Gembloux où la résistance des armées s’organise sur la « ligne K-W ». Ce sont les soldats français et sénégalais qui leur ont dit de partir. Ils demandent à manger et à boire. C’est démoralisant. « L’ennemi vient du ciel », disent les fuyards…</p>
<p>A Lillois, Ernest Plasman va voir passer la colonne française « au coin de Castiaux » (7), à l’angle de la chaussée de Bruxelles et de la route d’Ophain-Bois-Seigneur. Il crie : « Vive l’armée française ». Un officier lui répond : « Pauvre poire » et cela lui laisse une bien mauvaise impression.</p>
<p>L’armée française presse tout le monde de partir et s’organise pour faire évacuer. Puis, les soldats pillent les maisons et les caves !</p>
<p><strong>Mardi 14 mai</strong>, Alfred, Pierre, Jules et Léon Maillet sont prêts dès l’aube à la Place Saint-Paul. Ils ont emporté un pain gros comme une roue de brouette et du jambon. Heureusement, car c’est ce qui leur permettra de tenir le coup durant les huit jours de voyage. On les dirige vers la gare du Nord où ils embarquent dans le train vers 10h30. Mais le convoi ne partira qu’à 12h15, pour Roulers.</p>
<p>On frémit à la pensée du massacre qui eut pu se produire si ce train, où des milliers de jeunes gens ont pris place, était parti avec 20 ou 30 minutes de retard supplémentaire, car vers 13h15, sans que soit donnée l’alerte, les premiers avions allemands apparaissent. Les bombardiers lâchent des bombes incendiaires avec les bombes explosives.</p>
<h2 class="style1">Le bombardement de Nivelles</h2>
<p>Au moment du bombardement, l’Oncle Edgard Hanne, Tante Maria Tamigneaux et Jacques sont au magasin. Ils veulent chercher refuge dans la cave, mais lorsqu’ils sont sous la verrière, l’appartement est déjà complètement en feu, ils sont bloqués sous la verrière. Les fers se tordent sous l’effet de la chaleur, ils se couchent, la verrière éclate, blessant Tante Maria dans le dos. Il est impossible d’aller à l’appartement, à l’étage, pour aller chercher quoi que ce soit. L’oncle et la tante vont chercher du secours chez Firmin Tamigneaux qui habite non loin de là, rue des Frères Grislein. Jacques va chercher un « pousse-cul » au poste de secours, car il y a des blessés et même des morts. Il fait le va-et-vient jusqu’à l’hôpital pour transporter les blessés. Quand il a fini, il ira encore dans les greniers, rue de Namur et rue Saint-Gertrude où, avec une pelle, il ramasse les bombes incendiaires et les jette dehors : les gens n’osaient pas le faire. Il a ainsi sûrement empêché des maisons de flamber.</p>
<p>Tante Maria, choquée, en fera une pleurésie sèche. Ils avaient absolument tout perdu. Au retour de l’exode, Julia Tamigneaux prendra tout le trousseau de Marie-Madeleine dont on préparait le mariage en août, et le donnera à sa sœur. Plus tard, le 28 ou le 29 mai, Odile, Marie-Louise et Marie-Madeleine iront à vélo jusqu’à Bruxelles, rue Haute et rue Blaes, pour reconstituer ce qu’elles pourront du trousseau &#8211; les choses commençaient déjà à manquer – pour que Marie-Madeleine puisse s’installer à Fleurus en août. Tante Laure Tamigneaux, de Boussu, a donné à Tante Maria 4.000 francs ! Quand on sait que le kilo de beurre en coûtait 18 !</p>
<p>La collégiale brûle. Grand-père Ferdinand Tamigneaux avait aménagé une cache murée sous le jubé, déjà en 14, pour y déposer le trésor en sécurité. Mais on a tardé à agir, parce que c’était dimanche, puis lundi de Pentecôte. D’ailleurs, on n’avait jamais cru au pire ! On n’imaginait pas que l’avance allemande serait aussi rapide, ni que le danger viendrait des avions ; bref, on pensait encore comme en 14 ! Au moment du bombardement, on n’a pas eu le temps d’abriter tout le trésor et de reboucher le trou. Une partie a été transportée à l’église Saint Nicolas qui a brûlé le lendemain, et presque tout a fondu.</p>
<h2 class="style1">Premier exode, les nivellois</h2>
<p>L’oncle Firmin décide de partir, en voiture. Il prend avec lui sa sœur, Tante Maria. L’Oncle Edgard et Jacques partent plus tard, à vélo : rendez-vous à Boussu chez Tante Laure et l’oncle Joseph Tamigniau. Ils n’ont pas de carte d’identité. Du coup, ils s’arrêtent chez le bourgmestre d’Arquennes, qui les connaît et qui leur fait un simple papier : « Le porteur de ce papier est Edgard Hanne », idem pour Jacques, rien de plus, et il signe.</p>
<p>Mariette Tamigneaux est partie dès le matin en train, confiant ses bagages à son père, Firmin. Ils se sont donnés rendez-vous quelque part en France. Mais jamais ils ne se retrouveront, et Mariette s’est trouvée manquant de tout. Elle est revenue longtemps après Firmin.</p>
<p><strong>Mercredi 15 mai</strong>. Au matin, Adolphe Piret va à Nivelles, constater les dégâts et prendre des nouvelles de la famille. Il y va seul, les filles ont peur d’y aller. Suite au bombardement, il n’y a plus d’électricité, et cela durera plusieurs semaines. Notamment, la pompe qu’on appelait « le Dragor » &#8211; c’était sa marque – ne fonctionne plus. Il faut manœuvrer la roue à la main. Le principe est celui de la noria : une courroie avec des godets qui plonge dans le puits, ramène l’eau qui se déverse dans l’abreuvoir des chevaux. Cette pompe se trouvait dans la petite ruelle qui conduisait à la prairie derrière la ferme (8). C’était cette eau là que l’on buvait : on faisait provision chaque matin pour toute la journée, dans des cruches, tout près de la maison.</p>
<p>Beaucoup de gens sont déjà partis, et la panique gagne peu à peu tout le monde. Ernest Plasman est déjà venu à la ferme Piret pour se concerter sur l’attitude à prendre. Des soldats français sont arrivés, et par eux, on est informés de la situation : on sait que les Allemands sont tout près, et que la chaussée sera un axe de passage pour les armées. La ferme se trouvera au milieu des affrontements. Les officiers prennent leur repas dans la maison et passent une partie de la soirée. Les « pious-pious » s’arrangent dans les étables.</p>
<p>On décide de s’organiser pour un éventuel départ. Il n’y a plus de pain : c’est Papa Piret qui a pris son vélo et qui a trouvé de la levure à Nivelles, en entrant dans une maison abandonnée. Il n’a rien pris d’autre.</p>
<p>La famille a dormi dans la cuisine, tous ensemble. Les avions qui passaient tenaient éveillés, tous sont restés longtemps sans dormir. Une voisine qui était venue se réfugier à la ferme voulait descendre à la cave. Marie-Louise refusait : « Non, on ne va pas à la cave ! ». Elle avait horreur de ça ! Et personne, finalement, n’est descendu.</p>
<h2 class="style1">Deuxième exode, ceux de Baulers et de Lillois</h2>
<p><strong>Jeudi 16 mai</strong>. Les soldats français creusent des tranchées derrière la haie du jardin, qui se trouve de l’autre côté de la route, avec le bâtiment qui servait autrefois de relais pour les charretiers, juste en face de la maison (9). Des soldats anglais en pleine déroute longent les haies du chemin en direction de la ferme de Bon Air, chez Thomas. Adolphe Piret est décidé. Il part à vélo jusqu’à La Loge, la ferme de son enfance. Son idée est d’y abriter la famille, le temps du passage des soldats allemands. Mais il n’y a plus personne, Max Druet et sa femme, Marie Van den Abele, étaient des connaissances, originaires comme les Piret des environs de Monstreux et Bornival. Il ne veut pas occuper la ferme sans le consentement des gens. Tant pis, il décide : « Nous partons pour Boussu, chez l’oncle Joseph Tamigniau et la tante Laure ! »</p>
<p>Entretemps, Joseph Plasman, mobilisé à Namur, arrive chez lui à vélo, après bien des péripéties. Il y trouve un char préparé. Son papa, Ernest, est perplexe, il hésite. Mais Célina et les filles de Baulers veulent partir. Joseph dit son avis : il approuve le départ. Il vient de traverser une ligne de Sénégalais complètement saouls qui se conduisent comme des sauvages … Le char part jusqu’à Baulers. Joseph rassure Célina et la convainc qu’ils se retrouveront en France, elle et la petite Michelle, qui n’a pas encore deux mois (10). Mais il ne veut pas être porté déserteur et part rejoindre son unité qui se replie sur l’Escaut. Julia Tamigneaux lui donne une médaille de la Sainte Vierge, qu’il a toujours gardée : « La Vierge et moi, on est complices ! », dira-t-il plus tard. Les adieux se font en dessous du tilleul qui marque le coin de la chaussée de Bruxelles et du chemin de Bon Air, à côté de la ferme.</p>
<p>On a cuit les pains dans l’après-midi, et on les embarque tout chauds sur un char où on a entassé des provisions, de la farine, etc. ainsi que des matelas, des vêtements. Avant de partir, on ouvre les barrières des prairies pour laisser les animaux en liberté.</p>
<p>Maman, Julia Tamigneaux, a pris place dans le buggy tiré par la jument Névrose, avec Célina qui porte Michelle dans ses bras. Marie-Louise et Marie-Madeleine suivent à vélo, chargées de surveiller le cheval. Papa, Adolphe Piret, conduit le char sur lequel se trouvent Colette, Odile et Ferdinand. Le char de Lillois suit, avec Ernest Plasman, son épouse Martha, et les parents de celle-ci, Louis Dascotte et Antoinette Denis.</p>
<p>On approche du Laid-Patard. On a à peine traversé la chaussée de Hal pour prendre le chemin en face, que des Stukas survolent et suivent la route. Des bombes tombent, à un ou deux kilomètres seulement. On se colle aux haies pour se cacher. Les chevaux renâclent et tremblent de peur. Névrose s’arrête et refuse de continuer ; alors, Marie-Louise et Marie-Madeleine pèsent sur les roues du buggy, avec Colette, pour que la voiture pousse au cul de la jument et la force à avancer.</p>
<p>Le chariot Plasman est tiré par une vieille jument d’<em>afilèt</em> (11) et deux jeunes pouliches qui n’ont jamais été attelées. L’une d’elles attrape une fourbure et on la relâche dans le pré de la ferme Durant. On ne la retrouvera jamais.</p>
<p>Le moral est au plus bas et on regrette déjà d’être partis. Papa Piret revient à son idée : attendre ici que la tourmente soit passée et occuper la ferme Durant. Mais elle est vide de ses occupants et, une fois de plus, il a des scrupules de s’installer sans autorisation. On repart.</p>
<p>Névrose a opté pour un autre chemin. Est-ce le chemin dénommé familièrement « Flacon » ? Le souvenir reste imprécis dans les mémoires des témoins. C’est une jument capricieuse et difficile à conduire. Déjà auparavant, quand on allait au marché à Nivelles, elle refusait de passer devant la ferme chez Blockeels, le long de la chaussée de Bruxelles : elle reculait vers le fossé. Lorsqu’on allait chez le maréchal-ferrant, il fallait lui tordre l’oreille avec une moraille (12), car elle refusait de se laisser ferrer et s’asseyait sur le travail. Papa envoie Marie-Louise à vélo pour les rattraper et les remettre sur le bon chemin. Il faut dételer la jument, soulever les roues du buggy pour le faire pivoter et tourner, réatteler.</p>
<p>Au Bon Dieu qui croque, on est de nouveau séparés. Odile pense que le char est descendu plutôt vers Monstreux, sans doute par le chemin d’Orival. D’autres pensent qu’on a erré dans des chemins de campagne. On se retrouve au Croiseau, sur la chaussée de Braine-le-Comte, et on descend vers Ronquières. Odile se souvient qu’elle était chargée du frein : dur dur ! Grosse responsabilité, surtout dans les descentes et les montées du Bois de la Houssière. Colette est là aussi, mais dans l’aventure, son souvenir s’estompe ; Ferdinand aussi, effrayé, qui s’est creusé un trou à l’avant du char et se rend invisible.</p>
<p>La nuit est tombée. L’armée venant de Gembloux et Wavre descend la route en traînant les pieds. Les soldats épuisés s’accrochent au chariot et s’endorment en marchant. Il y en a qui se couchent sur les chars et sur les pains encore chauds, qu’ils aplatissent, réduisant la croûte en chapelure. Odile leur fait raconter ce qui se passe, ce qu’ils ont vu. Mais les officiers viennent rappeler les soldats à l’ordre.</p>
<p>Nous avons mal aux tripes, car on entend dire que le pont d’Arquennes doit sauter. Les troupes allemandes sont là, tout proches. On plonge par le petit chemin qui passe par « Mon Idée » et qui grimpe par « Le Long Jour » (13). Les crêtes sont illuminées sans arrêt. Les soldats français font un tir de barrage. Les obus éclatent au-dessus de Braine-le-Comte. On avance, on traverse la ville et on prend la direction de Soignies. Les balles sifflent autour de nous. On entend les impacts lorsque les vitres sont brisées. Les gens disent qu’il faut s’arrêter. On avance, on avance ! Nous n’étions plus en état de décider le contraire !</p>
<p>A Soignies, la gare brûle. Les chevaux rechignent pour passer. Et puis, ils partent au galop. Julia Tamigneaux épuisée, s’endort, Névrose court vers le fossé. Marie-Louise la rattrape par la bride in extrémis. Il faut dételer une fois de plus et tourner le buggy à la main.</p>
<p>La route de Mons est plus calme. Les troupes françaises marchent sur la gauche. Le flot des réfugiés est sur la droite et se fait interpeler quand il ne respecte pas la limite de la moitié de la route ou quand une cigarette rougeoie. Papa, qui ne fumait jamais, a allumé une cigarette qu’il cache dans sa main. Un Français le gifle.</p>
<p><strong>Vendredi 17 mai</strong>. Il fait jour. Julia Tamigneaux décide de partir en avant avec le buggy, car les chars sont plus lents. A Mons, Névrose tremble de tous ses membres et refuse de monter une rue. Marie-Louise se rend compte que la jument est partie sans son poulain, né peu de temps avant le départ – ce poulain aura disparu au retour -. Il faut la traire. Elle y court. Des avions survolent, on entend quelques balles qui frappent les pavés. Les gens crient : « Ne restez pas là ! » Mais il faut bien, car maman et Célina avec Michelle sont immobilisés. Le lait gicle sur les pavés. Névrose se laisse faire, puis veut bien repartir.</p>
<p>La gare de Saint-Ghislain a été bombardée, impossible de passer par la route qu’on connaît. Il faut faire un détour, et finalement, maman trouve un chemin, et ils arrivent à Boussu, chez l’oncle Joseph Tamigniau et la tante Laure, avec une heure et demie d’avance sur les chars. Quand ceux-ci arrivent, il est onze heures du matin.</p>
<h2 class="style1">A la ferme du « Beau château »</h2>
<p>Tout le monde est ému, pleure, s’encourage, raconte. La grosse cuisson de pain est bienvenue, car la maison de l’oncle Joseph est pleine de réfugiés. Il y a là, sur la rive droite de la Haine, l’Oncle Edgard avec tante Maria et Jacques Hanne. Les familles Gobert-Tamigniau d’Arquennes, à savoir une douzaine de personnes. Les familles Piret et Plasman viennent s’ajouter. Paule Piret et Joseph Thomas, de la ferme de Bon Air, sont déjà repartis avec leurs enfants. L’oncle Firmin et son épouse ont aussi poursuivi leur route.</p>
<p>L’oncle Joseph Tamigniau maîtrise tout son monde et a le sens de l’organisation. On prie le bénédicité, on partage ce qu’il y a. Puis, on installe les paillasses dans une grande pièce où tout le monde dort ensemble, après la prière du soir.</p>
<p><strong>Samedi 18 mai</strong>. Louis Dascotte, grand humoriste devant l’éternel, déclare le matin à son épouse, chatouilleuse sur le sujet : « Djè n’ai jamé doûrmi avè austant d’coumères ! » (14). Il avait 80 ans ! … Il ne faut jamais désespérer !</p>
<p>Jacques Hanne part avec Ferdinand Tamigniau, fils aîné de l’oncle Joseph, pour Dunkerque, avec des vélos.</p>
<p>Un pauvre vieillard abandonné par les siens croupissait dans la crasse, à Boussu. L’oncle Joseph, toujours attentif à la charité, s’en est aperçu et envoie les filles le laver. Elles se souviennent encore, les vers couraient sur lui. L’horreur !</p>
<p>Comment vit-on tout cela ? Chacun comme il peut s’arrange avec son angoisse. Tous disent aujourd’hui : « On était fous ! » La journée est un brouhaha. On parlait beaucoup, on répétait ce qu’on avait vécu. L’oncle Joseph s’occupait de tous. Il emmenait les petits groupes à la chapelle tout près de là où on ânonnait des chapelets. Quand on en avait assez, il revenait et repartait avec d’autres. Il avait le moral.</p>
<p>Le soir, Colette, Marie-Louise, Odile et Marie-Madeleine ont changé de maison et dorment un peu plus loin.</p>
<p><strong>Dimanche 19 mai</strong>. On va prier dans la petite chapelle. Il n’y aura pas de messe ce jour-là et probablement dans bien d’autres paroisses aussi, les curés sont partis comme les autres. L’oncle Joseph prêche. Ferdinand trouve que c’est bien mieux que le curé. En fait, il commente les dizaines de chapelets, s’adaptant à la situation.</p>
<h2 class="style1">Le retour</h2>
<p>L’oncle va aussi jusqu’à Mons à vélo pour connaître les nouvelles. Les Allemands sont passés et on ne les a pas vus dans ce coin retiré, à l’écart de Boussu. Cela ne sert plus à rien de fuir encore. Les décisions sont prises : tant pis ou tant mieux, on rentre qui à Baulers, qui à Lillois, qui à Nivelles.</p>
<p><strong>Lundi 20 mai</strong>. On choisit pour le retour des petites routes, plus calmes, moins encombrées. L’oncle Edgard connaît bien ce coin de campagne : il a été représentant de commerce autrefois pour la Maison Hecq de Nivelles. Au début, les chars et le buggy restent ensemble. Masnuy-St-Jean, Masnuy-St-Pierre : pour tout repas, une demi tranche de pain et un œuf dur !</p>
<p>Neufville, Naast, Ecaussinnes, Feluy. Le buggy a pris de l’avance depuis longtemps, et les chars font halte à la ferme Estienne où Adolphe Piret se fait connaître comme l’époux de Julia Tamigneaux. On y est très bien reçus pour la nuit. Odile se souvient avoir déjeuné le lendemain matin avec des brioches, dans de fines tasses en porcelaine.</p>
<p>Arquennes. Il faut traverser le canal, mais le pont a sauté. Le buggy longe la rive et trouve un pont de fortune jeté sur le canal par les Allemands : des rondins couverts de tôles mal assemblées, qui bougent. Les sabots du cheval sur le fer font un bruit de tonnerre. Névrose s’effraie, se cabre, se dresse sur ses pattes arrières. On dételle, et c’est Marie-Madeleine qui la prend par la bride pour la faire traverser : Marie-Louise se demande encore comment elle a osé, et comment elle a réussi. C’est elle que Papa Piret appelait lorsqu’il fallait débourrer les poulains. Névrose a passé le pont dressée sur ses pattes de derrière, et ses sabots sur les plaques faisaient des étincelles.</p>
<p>Il faut ensuite faire passer le buggy : le pont est si étroit, &#8211; il y a à peine 3 centimètres de chaque côté des roues -, qu’une fausse manœuvre, et c’est la catastrophe. Tous s’y mettent pour porter le buggy : Oncle Edgard, Marie-Madeleine, Marie-Louise, Célina, Ferdinand – qui est cette fois à vélo. Julia a pris Michelle dans ses bras.</p>
<p>On approche de Nivelles. Le spectacle du désastre est navrant. La nuit est tombée et tout est obscur. Il faut descendre par le tienne de l’hospice (15). Les freins sont faits, Névrose descend les gros pavés, mais avec le poids de la charrette, elle glisse des quatre fers. Des étincelles comme du feu jaillissent de ses sabots. C’est le couvre-feu … et c’est le moment que choisissent des motos allemandes pour monter la rue, tout cela dans l’obscurité qui rend les choses encore plus impressionnantes. Nous étions là, en difficulté, au milieu des Allemands. Grosse émotion ! Il y a encore aujourd’hui, en le racontant, des nœuds dans les gorges, en repensant à cette première rencontre dramatique avec l’ennemi !</p>
<p>L’oncle Edgard va chez Firmin, qui est absent. Mais la porte a été défoncée. Tout a été fouillé et jeté par terre. On marche sur les papiers, sur le linge … C’est là que l’oncle va loger. Quand Firmin rentrera, il ira ensuite un certain temps chez Mariette, qui n’est pas encore revenue. Puis, il aménagera la grande remise au fond de la propriété, rue de la tranquillité.</p>
<h2 class="style1">L’arrivée à la ferme</h2>
<p>Enfin, voici la ferme de Dinant … C’est l’effroi devant la catastrophe. Un premier bilan rapide : il n’y a plus de toit, la ferme est enfoncée de 8 centimètres dans le sol, tous les carreaux sont brisés et, tristement, le voile de mariée de Marie-Madeleine flotte à une fenêtre. Sur le côté de la maison, à l’emplacement du jardin actuel, il y a trois cadavres de chevaux gonflés puant horriblement. La maison est remplie de paille, de cendres, de détritus. C’est inhabitable. Que faire devant le désastre ?</p>
<p>Jules Paesmans père leur offre l’hospitalité en bas du chemin de Dinant. On trait quelques vaches pour avoir du lait, mais comme elles n’ont plus été traites depuis plusieurs jours, il est mauvais et suri. C’est pourtant avec cela qu’on cuira le gruau, qui brûle au fond de la casserole ! On fait la grimace, mais on mange. Car, enfin ! On est arrivées … !</p>
<p><strong>Mardi 21 mai</strong>. Papa Piret, Ernest Plasman et les chars arrivent en vue de la ferme. En voyant l’état dans lequel elle se trouve, Papa pleure. Pour le consoler, Ernest lui offrira un cochon gras et enverra son ouvrier, Victor, pour aider à dégager.</p>
<p>On détaille les dégâts : les pièces du rez-de-chaussée sont pleines de déchets et de saletés, de plumes et coquilles d’œufs. Les greniers sont remplis de terre et de morceaux du toit. Trois bombes ont explosé autour : dans le champ en face, sur la route, et dans la prairie sur le côté de la mare. En face de la maison, une cuisine ambulante allemande a été soufflée à plus de 40 mètres de la route. Dans le champ d’escourgeon, en face, il y a une tombe allemande. Et pendant quelques temps, par la suite, les chiens errants ramassaient des paquets de vêtements qui contenaient encore des lambeaux de chair humaine. Papa en a supprimé une douzaine.</p>
<h2 class="style1">Les jours et les semaines qui suivent</h2>
<p>Pendant plusieurs semaines, les Piret ont été hébergés chez Jules Paesmans.</p>
<p>Les filles ont mis plus de quinze jours à descendre, à la pelle, au seau, dans des mannes, sur leur dos, plus d’une tonne de terre et les morceaux du toit, qu’on chargeait dans un tombereau. Puis, à nettoyer et remettre la maison en ordre. Heureusement, on a trouvé un ardoisier tout de suite.</p>
<p>Pendant ce temps, Papa et Ferdinand couraient partout à la recherche des bêtes dispersées dans tous les coins. Ils étaient parvenus à les rassembler dans la prairie quand des allemands passant par là ont coupé les fils, et les vaches sont allées se goinfrer de trèfle. Elles se sont mises à gonfler, atteintes de tympanisme spumeux (16). Tous à la rescousse. Ferdinand se souvient qu’il fallait mélanger de la bouse à des torches de paille, l’enfoncer dans leur gueule, puis leur masser la panse pour faire remonter les gaz tandis qu’elles mâchent, pour empêcher la météorisation. « On avait de la merde jusque dans les cheveux ! »</p>
<p>Adolphe Piret a enterré une trentaine d’obus dans la prairie le long de la route qui va vers Lillois. Il a aussi traîné les trois chevaux crevés dans l’énorme cratère de la bombe : bien qu’ils soient gonflés, on aurait dit trois mouches au fond d’un bol ! Chez Paesmans, une bombe est tombée dans une haie sans exploser. Elle y est toujours, bien qu’on ne puisse plus la repérer. Ferdinand, treize ans, travaille aux champs comme un grand. On plante les betteraves. Et puis l’été arrive. Ferdinand a encore tout « pik’té» (17) comme un grand, en se faisant, bien sûr, enguirlander pour les « skites d’agaces » (18).</p>
<p>Et on reprend pied peu à peu. On était jeunes ! …</p>
<h2>Notes :</h2>
<ol>
<li>Les Tamigneaux : le récit met en scène les frères et sœurs Tamigneaux, à savoir Firmin, entrepreneur à Nivelles, et sa fille Mariette ; Maria, épouse d’Edgard Hanne, qui tenaient un commerce de quincaillerie à Nivelles ; Julia Tamigneaux, épouse d’Adolphe Piret, de la ferme de Dinant à Baulers ; Laure, épouse de Joseph Tamigniaux, fermiers à Boussu, au « Beau château ».</li>
<li>« A pagna volant » : en pans de chemise, sans pantalon. Les chemises de l’époque avaient un pan de chemise plus long à l’arrière.</li>
<li>« Nous », c’est-à-dire « les filles Piret », filles d’Adolphe Piret et Julia Tamigneaux. A savoir : Colette, l’aînée, encore célibataire ; Paule, épouse de Joseph Thomas, vivant à la ferme de Bon Air, il en sera peu question dans ce récit ; Marie-Madeleine, sur le point d’épouser Adelson Janquart au mois d’août 1940 ; Odile, qui épousera Paul Meurs après la guerre ; Célina, épouse de Joseph Plasman, habitant Lillois, maman de Michelle, née en mars ; Marie-Louise, qui épousera François Meurs en 1943. Les trois garçons, Alfred et Pierre qui prendront le chemin de l’exil, et Ferdinand, le plus jeune.</li>
<li>Ce petit chemin de terre démarre à gauche, juste après la prairie, avant la descente vers le chemin de fer, quand on prend la chaussée de Bruxelles en direction de Lillois.</li>
<li>Jules Paesmans senior habitait dans le chemin de Dinant, à environ 200 mètres de la ferme de Dinant. Jules Paesmans junior épousera l’aînée des filles Piret, Colette.</li>
<li>La ferme de Bon Air ou ferme Thomas. Les deux frères Jean et Joseph Thomas avaient repris la ferme ensemble. Joseph a épousé Paule Piret de la ferme de Dinant toute proche.</li>
<li>Marchand de grains et d’engrais. En face, la ferme Charlier.</li>
<li>A côté de ce qui deviendra plus tard le garage de la voiture.</li>
<li>Ce bâtiment a disparu depuis des années ; la ferme de Dinant a été barrière d’octroi, et les charretiers y trouvaient un endroit pour abriter les chars et les chevaux, eux-mêmes dormaient sur un plancher suspendu. Le jardin se trouvait des deux côtés du bâtiment. Il a changé de place, passant de l’autre côté de la route, à l’emplacement du tilleul, à droite à l’entrée du chemin de Bon Air.</li>
<li>Michelle Plasman est née le 24 mars 1940.</li>
<li>Afilèt : mot wallon qui désigne la longue corde attachée au cheval de volée ou de devant, avec laquelle le conducteur donne des signaux pour guider le cheval et l’attelage.</li>
<li>Moraille : tenaille utilisée par le maréchal-ferrant pour pincer les naseaux d’un cheval rétif.</li>
<li>« Mon Idée » et « Le Long Jour » : lieux-dits dans le Bois de la Houssière.</li>
<li>« Djè n’ai jamé doûrmi avè austant d’coumères ! » « Je n’ai jamais dormi avec autant de femmes ! »</li>
<li>Le boulevard de la Batterie, près de l’hôpital.</li>
<li>Tympanisme spumeux : gonflement de l’abdomen lorsque les intestins sont distendus par les gaz, avec manifestation d’écume à la gueule. Météorisme, désigne le même phénomène.</li>
<li>Pik’ter : faucher le grain avec une faux courte qu’on appelle aussi « sape ».</li>
<li>« (è)skite d’agace », littéralement « chite de pie », désigne un endroit où la faux n’est pas passée, d’où un reliquat, ou un mauvais recoupement dans le travail de la terre.</li>
</ol>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>1940, La famille Thomas &#8211; La ferme de Bon Air</title>
		<link>https://www.meurs.be/2018/04/22/270/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[alisce]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Apr 2018 00:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Piret-Magazine n°107-108]]></category>
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					<description><![CDATA[1940 La famille Thomas La Ferme de Bon Air  Récit de Thérèse Thomas, 1990.   Le mardi 14 mai, il y avait tellement de monde qui passait dans le petit chemin devant la ferme, des civils, des soldats, que ce va et vient a impressionné la famille. Après le bombardement<a class="moretag" href="https://www.meurs.be/2018/04/22/270/"> Lire la suite&#8230;</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h2>1940 La famille Thomas</h2>
<h1 class="style1">La Ferme de Bon Air</h1>
<p style="text-align:right;"> <strong>Récit de Thérèse Thomas, 1990.</strong></p>
<p> </p>
<p>Le mardi 14 mai, il y avait tellement de monde qui passait dans le petit chemin devant la ferme, des civils, des soldats, que ce va et vient a impressionné la famille. Après le bombardement de Nivelles, on a décidé de partir. On a embarqué du pain, du beurre, de l’essence … et des pigeons qu’on avait tués, et qu’on a plumés plus tard pour les manger.</p>
<p>On s’est entassés à 10 dans la voiture, Oncle Jean Thomas et tante Elise, Joseph Thomas et Paule Piret, et les six enfants : Paulette et Jacqueline, Thérèse, Paul, Louis et Annette. La maman d’Elise n’a jamais voulu partir et est restée à Nivelles où elle n’a jamais été inquiétée.</p>
<p>Pour aller plus vite, la voiture a traversé tous les champs jusqu’à la chaussée de Hal, parce que le chemin était encombré de charrois, de gens à pieds, et ce détail a frappé Thérèse, parce qu’il était strictement défendu aux enfants d’aller jouer dans les grains ! Or, à cette époque, les grains étaient déjà hauts. On vivait donc quelque chose de tout à fait exceptionnel.</p>
<p>Le soir, tout le monde a dormi à Boussu, chez Tante Laure Tamigneaux et oncle Joseph Tamigniau, en même temps que Firmin Tamigneaux et sa femme, ainsi que la femme d’Ernest Tamigneaux, Yvonne Verly, et leur fille Elisabeth, qui pleurait tout le temps parce qu’elle avait perdu sa tétine en route. Il y avait aussi Tante Maria Tamigneaux et l’oncle Edgard Hanne, avec Jacques.</p>
<p>Le mercredi 15, la famille Thomas est repartie avec l’oncle Firmin. En cours de route, lorsqu’il y avait des bombardements, il fallait quitter la voiture et s’abriter dans un fossé. Au cours d’un de ces épisodes, Thérèse a été perdue, pas longtemps, mais ils l’ont cherchée…</p>
<p>Ils sont allés en France, pas très loin de la frontière. Dans une ferme, ils ont été très bien reçus, on leur a offert à manger. Ils sont revenus en Belgique, à Roulers, où ils ont loué une maison. Ils y sont restés 8 à 10 jours. Chaque jour, Firmin, Joseph et Jean faisaient la file pour avoir du pain…</p>
<p>Ils sont restés là jusqu’à la capitulation de la Belgique, puis ils sont revenus en passant la Lys sur un pont de fortune fait de rondins. Ils n’étaient pas rassurés du tout. La Lys était pleine de cadavres de bêtes crevées.</p>
<p>Quand ils sont arrivés à Baulers, toute la famille Piret était sur la route, faisant de grands signes avec les bras : avaient-ils été prévenus ?</p>
<p>La ferme de Bon Air avait été occupée par les Allemands. Marie-Louise Piret se souvient qu’elle était allée, avec les autres filles, se rendre compte, alors que les soldats y étaient encore. C’était le bazar partout. Ils les ont laissées entrer, ne prêtaient pas tellement attention, sauf qu’ils les ont embêtées un peu en voulant leur faire traire les vaches … Après le départ des Allemands, la ferme était dégoûtante, ils avaient fait leurs besoins à l’intérieur. Alors, les deux familles Thomas ont dormi à la ferme de Dinant, chez Piret.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>1940, Lettre de François Meurs « en campagne »</title>
		<link>https://www.meurs.be/2018/04/22/271/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[alisce]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Apr 2018 00:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Piret-Magazine n°107-108]]></category>
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					<description><![CDATA[1940, François Meurs « en campagne » François Meurs a eu 21 ans en plein pendant la campagne des 18 jours, le 21 mai 1940. Lorsque l’Allemagne a envahi la Belgique, il faisait son service militaire. Le coup de fusil Bien que caserné à la Caserne Léopold de Namur, il était cantonné<a class="moretag" href="https://www.meurs.be/2018/04/22/271/"> Lire la suite&#8230;</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h1>1940, François Meurs « en campagne »</h1>
<p style="padding-left:90px;">François Meurs a eu 21 ans en plein pendant la campagne des 18 jours, le 21 mai 1940. Lorsque l’Allemagne a envahi la Belgique, il faisait son service militaire.</p>
<h2 class="style1">Le coup de fusil</h2>
<p>Bien que caserné à la Caserne Léopold de Namur, il était cantonné à Leuze-Longchamps et Rhisnes au moment de l’offensive. Il était affecté au transport des munitions avec des fourgons tirés par des chevaux. Il devait les conduire pour les premières lignes. En fait, il n’allait pas jusque là : il s’arrêtait à une certaine distance, et d’autres venaient prendre livraison du fourgon. </p>
<p>Quand on les a fait battre en retraite, le timon de son char s’est cassé, et il est resté en arrière avec un copain pour le réparer. Ils ont mis plusieurs jours avant de rejoindre les autres. D’autant plus qu’ils se sont perdus. A un moment donné, ils ont voulu faire demi-tour, et le copain est allé s’embourber dans un champ. Ils ont mis du temps pour le dégager. Finalement, après divers ennuis, ils ont quand même rejoint leur peloton qui se dirigeait vers la Flandre.</p>
<p>En traversant une ville sous les bombardements, ils sont allés s’abriter dans une cave. Pour passer le temps, et se donner du courage, ils ont sifflé quelques bouteilles. Pour se ravitailler, ils sont allés se servir dans un magasin, sans oublier d’emporter quelques bouteilles d’alcool. C’est ainsi qu’il a pris une cuite du tonnerre et qu’il s’est endormi en conduisant. Il s’est retrouvé dans un bois, bloqué devant un arbre ? Les chevaux étaient passés chacun de leur côté, et il ne pouvait plus faire la manœuvre. Le chef de peloton a du prendre les brides pendant qu’il cuvait dans le fourgon, couché sur les munitions. Le réveil a été dur, mais ça n’a pas tardé avant qu’il doive reprendre les rênes !</p>
<p>Une nuit qu’il était de garde &#8211; ils étaient cachés dans un bois -, il a pris peur en entendant et en voyant le feuillage bouger, il a voulu tirer un coup de feu, mais il a constaté que son arme était enrayée ! Il est allé la montrer à l’armurier qui la lui a réparée, et qui lui a dit de vérifier. Il a donc tiré en l’air, un seul coup, le seul de toute sa campagne…</p>
<p>En Flandre, ils ont attendu. Rien ne s’est passé jusqu’à la reddition. On les a parqués dans une grande prairie pour leur faire remettre leurs armes. Il a reçu un ordre de libération, avec le cachet nécessaire : il pouvait rentrer à la maison (1).</p>
<p>Il a profité d’un camion qui revenait vers Liège. Arrivé à La Louvière, en pays de connaissance, et pour être sûr de ne pas être embarqué jusqu’en Allemagne, il a fait stopper le camion. Il a pris le tram jusqu’à Fayt-lez-Manage où il est allé demander un vélo au fermier (2) qui avait repris la fermette familiale qu’ils venaient de quitter en 1939. Il est rentré rapidement à Obaix.</p>
<p> </p>
<h2 class="style1">La lettre du 10 mai</h2>
<p>On conserve dans les archives de famille la lettre que François a écrite le premier jour de la guerre, le 10 mai. Rien d’extraordinaire, rien de littéraire, mais ce document sur le vif est plein d’émotion et donne des informations sur l’état d’esprit qui régnait parmi les jeunes soldats.</p>
<p> </p>
<p><strong>Chère maman et Paul</strong></p>
<p>Comment avez-vous supporté la nouvelle que renferme ce mot terrible, la guerre. On ne voulait pas y croire, et la voici. Où en sommes-nous à l’heure présente ? On les arrête à Liège et on les tiendra. Faut-il s’en alarmer ? Non ! Nous subirons des revers, c’est sûr, mais nous gagnerons. Il n’est pas possible qu’un pays puisse faire la nicke à tant d’autres. Hitler se débat, il veut frapper dur, mais il ne vaincra pas car ils ne peuvent gagner et nous saurons les en empêcher. De fausses nouvelles circuleront. Peut-être les reverrez-vous encore, ces sales boches. Mais on les chassera et il vous faudra prier pour que ce jour soit bientôt et alors nous pourrons nous retrouver tous ensemble avec l’aide de Dieu.</p>
<p>Paul est-il rappelé ? On n’a pas encore dit le mot mobilisation générale, mais il est probable qu’il faut s’y attendre, c’est fatal. Alors, si Paul part, quel cruel coup pour toi, chère maman. Mais tu sauras le supporter et être vaillante. Il faut que tu le sois pour que nous puissions faire notre devoir et jusqu’au bout. Pour le moment, le moral est bon. Un avion allemand a survolé ce matin avant notre départ et la DTCA l’a touché. Nous avons très bien vu l’avion accuser le coup : il tanguait et il est sur qu’il n’a pu rejoindre sa base.</p>
<p>Notre section a quitté son cantonnement vers 7h du matin pour gagner ses positions, où nous sommes arrivés à midi. Nous sommes camouflés dans un bois et nous sommes prêts tous à supporter vaillamment notre vie de nomades. Il y aura des coups durs, mais nous saurons vaincre. Prie bien pour ton François et pour Paul, il y a des moments où ils en auront tant besoin. N’oublie pas de leur écrire souvent. Marius (3) vous aidera sûrement beaucoup car il ne vous abandonnera pas dans ces moments difficiles. Ne te tracasse pas trop pour la ferme, nous nous en occuperons plus tard. Surtout, que la question argent ne te poursuive pas. Il ne faut pas songer à l’argent sinon que pour toi vivre jusqu’à notre retour.</p>
<p>J’ai grand espoir que ma lettre t’arrivera bien vite et qu’elle trouvera encore Paul à la maison. Hubert, malgré son mal, se fera également un plaisir de venir t’aider pour cette nouvelle épreuve. A eux deux Marius, ils doivent savoir te faire conserver bon moral. Il me semble que je te vois d’ici. Tu es aux cent coups. Tu te demandes ce que je vais devenir, où je suis, ce que tu vas faire toute seule si Paul doit partir. Il ne faut rien faire, il faut vivre bien doucement et leur montrer dans tes lettres que tu nous aimes bien et que constamment tu seras près de nous en pensée. Il faut savoir espérer et avoir confiance et savoir faire la part de Dieu dans ce qui arrivera.</p>
<p>Mes logeurs m’ont toujours fait très bien et j’avais bien un peu de peine de les quitter ce matin. Ils m’ont fait des tartines et mis quelques morceaux de tartes pour moi manger en route. Ce n’est pas encore la Pentecôte, mais tu vois que j’en ai déjà profité un peu.</p>
<p>Le colis est arrivé hier et j’ai reçu également le montant du chèque et vos dernières nouvelles. Je suis très content d’apprendre que l’on arrive aux betteraves et que tout a bien marché malgré le retard qu’on avait. Alida aura peut-être eu son poulain depuis que tu m’as écrit et les vaches vêleront également bientôt. Ça a été mal, il y a eu mieux. Ça va encore aller mal. Il n’y a aucune raison pour que cela n’aille que mieux après.</p>
<p>Les Allemands commencent encore leur guerre de lâches en déguisant leurs avions en avions belges : ils ont failli nous jouer un mauvais tour en tachant de mitrailler quelques hommes que nous devions ravitailler et qui étaient visibles. Pas encore de victimes, mais maintenant, on sait quoi. La consigne est de se méfier de tout. On se méfiera.</p>
<h2 class="style1">La lettre du 22 mai</h2>
<p> </p>
<p><strong>En Campagne, le 22-5-40</strong></p>
<p><strong>Bien chère maman,</strong></p>
<p> </p>
<p>Nous sommes quand même un peu plus tranquilles maintenant, mais nous l’avons eu dur pendant 10 jours. Les 4 premiers, toujours en route pour ravitailler les troupes. Le 5<sup>e</sup>, on nous remplace, que nous étions exténués. Ce jour-là, au lieu du repos, c’est le repli stratégique pour éviter d’être encerclés. Nous partons le matin. A peine 1 km de fait et me voilà en panne avec mon fourgon. On chipote, pour finir on décharge, puis recharge, et on part. Nous ne retrouverons les autres que le soir, après avoir passé par Chatelet, Charleroi, Fontaine-l’Evêque, et l’on couche à Mont-Ste-Aldegonde. On dort quelques heures et le lendemain on passe par Carnières, Mariemont, Haine-St-Pierre, La Louvière, Houdeng, Le Roeulx, Soignies, pour venir finir dans un petit village sentant déjà le flamand. En passant par Houdeng, j’ai fait quelques mots pour tâcher de te toucher par Laura Deschamps (4), j’espère que tu l’as reçu.</p>
<p>Le lendemain, on repart pour arriver en Flandre avec une étape de 90 km au moins dans le cul, bien fatigué, mais un excellent moral, on avait pu être sauvé. En cours de route, nous fûmes tranquilles, les avions ennemis avaient de l’ouvrage ailleurs. J’ai vu Soignies brûler et c’est bien triste de songer à toutes ces villes qui brûlent pour le plaisir d’un seul homme. Fayt a été bombardé aussi, ainsi que les alentours. Ah les salots, ce que je maudissais en passant dans notre région. Nivelles n’a pas échappé, mais j’espère qu’Obaix a été épargné.</p>
<p>Jusque maintenant, je n’ai pas encore trop à me plaindre de la guerre. J’ai toujours su me nourrir suffisamment et la santé reste excellente à part un petit mal de dents sournois.</p>
<p>De Paul, je n’ai plus de nouvelles depuis son départ, mais je suis content qu’il ne se soit pas trouvé à Liège avec son régiment, car je crois que très peu ont pu en réchapper.</p>
<p>De l’équipe qui nous a remplacés pour mener les munitions, 4 hommes sont revenus jusqu’à présent, mais on espère les autres sains et saufs, mais égarés à la suite des encombrements de route. J’ai quand même eu de la chance jusqu’à maintenant, car fatigués comme on était, avec des chevaux éreintés et blessés, nous aurions eu fort à faire pour nous sauver ; il ne faut donc pas désespérer puisque la chance me suit un peu.</p>
<p>Dans nos voyages, nous avons toujours pu nous ravitailler en boissons et fumage dans les maisons abandonnées et j’ai encore à fumer pour quelques jours … Ce qu’il y avait de réconfortant pendant ces voyages, c’était de rencontrer les Français et les Anglais avec leur bonjour de &lt;<em>mot illisible&gt;</em>.</p>
<p>Et toi, maman, comment as-tu pu tenir le coup ? Bien, j’espère. Marius est toujours là avec Hubert, Adolphe. Quant à notre nouvel ami, n’a-t-il pas du quitter pour rejoindre une unité ou l’autre ? Quand même, vous pouvez suffire au plus strict nécessaire. Savez-vous vous ravitailler suffisamment ? A-t-on repris les chevaux ? Alida a-t-elle pouliné ? Fanny s’avance-t-elle ? Et les vaches qui devaient encore vêler ?</p>
<p>Paul sait-il vous donner de ses nouvelles ? Que devient parrain ? et les cousins et cousines de Baulers ? (5). La poste ne fonctionne pas, je n’ai de nouvelles de personne. J’ai cependant reçu un chèque du 10, mais il faut attendre pour le toucher, ce qui ne me dérange pas : j’en ai encore assez pour le moment.</p>
<p>De meilleures nouvelles circulent. Namur et Bruxelles repris ? Est-ce vrai ? Nous l’espérons, car nous avions un ordre de repli, et maintenant on reste. Allons ! Jusqu’à présent ça va, espérons que ça continuera ? Vive la Belgique. Avec la France et l’Angleterre, on les aura.</p>
<p> </p>
<p>Bon baiser, je pense à toi.</p>
<p>Amitié à tous les amis.</p>
<p>François</p>
<p> </p>
<h2>Note :</h2>
<ol>
<li>Cet ordre de libération se trouve encore dans les archives de famille.</li>
<li>Remy Haelterman chez qui la famille allait rendre visite à la Toussaint chaque année, et nous accueillait très amicalement.</li>
<li>Un domestique de Fayt qui a suivi l’installation de la famille à Obaix.</li>
<li>Les Deschamps étaient des amis de Bellecourt.</li>
<li>Il s’agit de la famille Courtain-Neuwels, d’Alzémont. Jules Courtain était le parrain de François.</li>
</ol>
<p> </p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>1940, Récit de Joseph Plasman &#8211; Chronique des 18 jours</title>
		<link>https://www.meurs.be/2018/04/22/272/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[alisce]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Apr 2018 00:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Piret-Magazine n°107-108]]></category>
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					<description><![CDATA[Petite chronique des 18 jours 1940, récit de Joseph PLASMAN Je faisais partie du 13e de ligne, 2e compagnie, affecté à la défense de Namur. J’étais caserné à « Marie-Henriette », et la compagnie était envoyée tour à tour à Malonne, Erpent, Marchovelette, qui faisaient partie du système de défense de Namur.<a class="moretag" href="https://www.meurs.be/2018/04/22/272/"> Lire la suite&#8230;</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h2>Petite chronique des 18 jours</h2>
<h1 class="style1">1940, récit de Joseph PLASMAN</h1>
<p>Je faisais partie du 13<sup>e</sup> de ligne, 2<sup>e</sup> compagnie, affecté à la défense de Namur. J’étais caserné à « Marie-Henriette », et la compagnie était envoyée tour à tour à Malonne, Erpent, Marchovelette, qui faisaient partie du système de défense de Namur. Cette dernière était entièrement entourée d’éléments « C » : chaînes sur rouleaux et barbelés ; derrière, il fallait creuser des tranchées en zigzag. Nous traversions les jardins, les lignes de fraisiers…</p>
<p> </p>
<p><strong>Le</strong> <strong>15 mai</strong>, les Allemands sont déjà à Namur et débordent de tous côtés. Tandis que les soldats sénégalais montent au front, mon régiment quitte Namur en arrière-garde par la route de Fosses qui était la seule encore libre. Nous bénéficions d’un tir de barrage à partir du fort. Je cherche un vélo, comme je faisais chaque fois que j’avais envie et l’occasion de faire un tour jusqu’à Lillois ! J’en trouve un, sans pneus, et je pars avec un copain assis sur le cadre. Le zigoto ne voulait pas lâcher son « DBT », un lance-grenades de 10 kg ! … </p>
<p>Il fait nuit. A Velaines, je trouve un autre vélo, en bon état, et tandis que certains partent sur Fleurus, je suis un Français à moto qui fonce à travers champs. Je voulais venir voir à Lillois ce qui se passait. Le carrefour de Gembloux était déjà pris et j’ai subi des tirs à Ligny. J’arrive à Wanfercée-Baulet sans une griffe … Les gens ont déjà évacué depuis un certain temps et les animaux errent sur la route. Un taureau agressif sort du groupe, et le voilà à mes trousses ! Je pédale et je le largue … Je repasse dans les lignes des sénégalais « pleins comme des boudins » et je reprends alors la direction de Nivelles par les chemins de campagne. </p>
<p>J’arrive donc à Lillois <strong>le</strong> <strong>16 mai</strong>. Mon père, Ernest Plasman, a déjà placé une remorque en face de la fenêtre. Il ne sait que faire : partir ou non ? Il est déjà allé chez les Piret à Baulers pour voir, et là, c’est la panique. Je donne mon avis : après avoir vu les Sénégalais saouls, tout près de là, qui se conduisent comme des sauvages, je préfère les voir partir. Nous allons ensemble jusqu’à Baulers où je fais mes adieux à Célina sous le tilleul.</p>
<p style="padding-left:90px;"><em>Joseph rassure Célina et la convainc qu’ils se retrouveront en France, elle et Michelle. Mais il ne veut pas être déserteur et part rejoindre son unité sur l’Escaut. Julia Tamigneaux lui donne une médaille de la Sainte Vierge, qu’il a toujours gardée, et qu’il possède encore. « La Vierge et moi, on est complices ! », dit-il (cf. <a href="https://www.meurs.be/index.php?mod=articles&amp;ac=commentaires&amp;id=239" target="_blank" title="récit de la famille Piret à Baulers">récit de la famille Piret à Baulers</a>).</em></p>
<p>Après quoi, je redescends sur Nivelles où j’ai rendez-vous avec un copain. Comme je ne le trouve pas, je pars seul vers Tournai, qui était la direction de mon régiment. Je dors à Soignies, en face du collège Saint-Vincent.</p>
<p>Le lendemain <strong>17 mai</strong>, j’ai rejoint une partie du régiment. Comme j’ai un vélo, l’officier m’envoie au ravitaillement auprès des fermiers. Je reçois du lait, du pain, du lard. Mais je finis par en avoir marre du manège et je pars à l’écart. Je retrouve l’ancien chef de musique du 13<sup>e</sup> de ligne accompagné de 3 soldats. Il a de la famille à Ath et il propose d’y aller. Tandis que les soldats dorment dans un fenil, l’officier dort chez les cousins … Le lendemain, il a disparu !</p>
<p><strong>Le 18 mai</strong>, on se dirige vers Renaix et vers les Flandres. Nous arrivons à Waregem où le régiment se regroupe. Les chasseurs ardennais sont aussi sur l’Escaut. Il faut creuser des trous d’homme pour y passer la nuit. Mais le 19 au matin, l’eau a monté de 10 centimètres et j’ai les pieds mouillés. Ce jour-là, on a réquisitionné un cochon dans une ferme. On lui a même fait un « cachet » avec une vielle pièce sur laquelle on a frotté du crayon ! Il y a un boucher dans la troupe. On fait bouillir le cochon dans des chaudrons, et il n’y en a pas trop pour tout le régiment ! Ce jour-là aussi, pour avoir suffisamment de visibilité, il nous faut rouler le seigle pour l’aplatir.</p>
<p><strong>Le 20 mai</strong>, nous reculons derrière la Lys et creusons des trous. Rien ne bouge jusqu’au <strong>24 mai</strong>. Ce jour-là, le régiment subit un tir d’artillerie qui dure 7 heures, sans arrêt. Tout brûle, l’horizon est rouge. Au matin du <strong>25 mai</strong>, il n’y a plus une feuille sur un seul arbre, les petites branches ont été hachées, les arbres étêtés. Il ne reste plus rien du village de Wielsbeke : tout est détruit. Durant cette nuit-là, les anglais qui assuraient la ligne sur les côtés ont foutu le camp …</p>
<p><strong>Le 26 mai</strong>, on commençait à connaître des nouvelles : les Allemands étaient à Ostende d’un côté, à Béthune de l’autre. Ce qu’on ignorait, c’est que deux régiments flamands s’étaient rendus à Gand, bref, nous étions encerclés, les Allemands arrivaient par derrière. L’officier nous a fait quitter le fossé qui nous servait de tranchée, et nous avions juste, pour nous aplatir, les trous d’obus à peine profonds de 20 cm sur 1,50 m de diamètre.</p>
<p>Nous sommes deux, collés l’un contre l’autre, un certain Labillois, tandis que les Allemands sont bien abrités dans la tranchée. Tous les copains se font faucher par des rafales. Il faut une volonté « djusqu’au bout des artias » [<em>jusqu‘au bout des orteils</em>] pour ne pas se lever quand on se fait canarder ainsi. Tous les autres sont abattus, et le Labillois continue toujours à tirer, ce qui attire évidemment le danger sur nous. Mon masque à gaz est cassé, mon casque touché, et une balle a arraché le talon d’une godasse. Il vaut mieux que le copain cesse … Alors, les Allemands crient, en français : « Rendez-vous ! ». Nous ne bougeons surtout pas. Alors, ils sortent de leur tranchée. Quand ils voient que nous sommes encore vivants, ils marquent la surprise, puis ils font signe de jeter notre arme : l’un d’eux fait le geste pour nous montrer. Alors, ils nous tapent sur l’épaule en baragouinant : « gutte soldat », et ils offrent de la limonade. Nous, on hésite, on a parlé d’histoires de poison. Alors, ils boivent d’abord et ils rigolent : ils avaient déjà fait la guerre en Pologne et ils connaissaient la musique !</p>
<p>On nous rassemble avec d’autres prisonniers contre un talus de chemin de fer, et nous devons vider nos poches de tout ce qui est tranchant : couteau, rasoir, etc. Mais ils ne touchent pas aux portefeuilles, à l’argent ou aux photos de famille. Après ça, je me souviens d’avoir traîné sur une brouette un copain d’Erpent qui avait le visage arraché. Mais à l’ambulance de campagne allemande, le médecin m’a fait comprendre qu’il n’y avait plus rien à faire, et il lui a donné de la morphine. Ce soir-là, nous avons été acheminés à Waregem où nous avons dormi dans une porcherie garnie de paille.</p>
<p>Au réveil, <strong>le 27 mai</strong>, on nous a tous rassemblés dans une prairie où nous avons reçu pour toute nourriture 3 œufs conservés dans des terrains, à gober crus. Je veux aller me soulager et je passe le fil pour aller dans le champ de seigle, et d’autres veulent faire pareil. Un Allemand se met en colère et gueule de déféquer devant tout le monde : plus aucun n’a su le faire, et moi, je suis resté bloqué jusqu’à mon retour à Lillois !</p>
<p>Le soir, nous avons dormi à la prison d’Audenaerde, à 10 par cachot. Un Allemand comptait, et le dernier d’une série de 10 recevait un coup de pied dans le derrière. Quand je me suis rendu compte que c’était pour moi, je me suis vite placé devant un autre… On a reçu un pain vieux d’au moins deux ans ! Cela faisait la grandeur d’une boîte d’allumettes pour chacun !</p>
<p><strong>Le 28 mai</strong> au matin, on nous a rassemblés dans la cour où il y avait un parc de salades. En moins de deux, il n’y en avait plus une. Tout le monde en mangeait. On nous a fait marcher par colonnes de trois comme les autres jours. Il faisait très chaud. Les flamands étaient très gentils : des grand-mères mettaient des seaux d’eau avec des pintes en fer pour qu’on boive. Mais un Allemand shootait dans les seaux et les renversait. Alors, on s’est organisé. Des gamins à vélo avertissaient de l’arrivée d’une colonne. Ceux qui avaient bu au village précédent se mettaient devant ; Ainsi, on avait le temps de remplacer les seaux pour faire boire ceux qui étaient derrière. Des femmes donnaient du pain. J’ai même eu du lard. Une gamine avait coupé des morceaux de chocolat vraiment minuscules, pour en distribuer au plus grand nombre possible ; ça ne pouvait mal de nourrir, mais le geste était émouvant.</p>
<p>On a dormi dans une caserne à Alost, avec un bol de soupe. Des français étaient passés avant nous et avaient chié partout ? Il faisait noir, ça sentait mauvais, il fallait bien se coucher. Quand je me suis réveillé le lendemain, j’avais un « brin » à 10 cm de mon nez ! J’étais déjà heureux de ne pas m’être couché dedans.</p>
<p><strong>Le lendemain</strong>, nous avons fait nos 40 km comme tous les jours et nous sommes arrivés à Vilvorde. Des civils entraient dans la caserne avec des valises remplies d’effets civils. Pour un qui entrait, 10 qui sortaient. Puis, le manège a été découvert. Nous sommes restés deux jours, et le 30, j’ai donné une lettre à une fille de la Croix-Rouge : elles pouvaient distribuer des choses. Elle l’a postée, et la lettre est arrivée après mon retour.</p>
<p><strong>Le 31 mai</strong>, je boitillais à cause de ma bottine arrachée. Or, les officiers faisaient le trajet en camion. Je suis monté dans l’un d’eux. Un officier n’était pas d’accord, mais je m’incrustais, et il est allé se plaindre à un Allemand. Celui-ci m’a fait rester, et d’autres copains sont montés. Du coup, l’officier n’a plus osé rester : il se serait fait vider en cours de route ! Ce camion a démarré le dernier, et ça a sans doute été ma chance ! C’était un belge qui conduisait, et dans le porche, le moteur a calé. Je pense que le chauffeur l’avait saboté ou qu’il a fait semblant. En tout cas, il est allé voir au moteur, et voilà que celui-ci prend feu… Le chauffeur avait des allumettes ! On a du faire la chaîne avec des seaux, mais on « berdachait » exprès, et ils étaient quasi vides à l’autre bout. Un gradé avec monocle s’est amené en disant qu’on devait se joindre à la colonne qui arriverait à 3 heures. Or, c’étaient des flamands, et nous avions appris que les flamands allaient être libérés.</p>
<p><strong>Le 1<sup>er</sup> juin</strong>, nous avons passé la nuit à Aarschot. Nous devions coucher dans l’école, mais j’ai passé la nuit dehors. Le lendemain matin, une femme avait mis une échelle double par-dessus la haie et nous faisait signe. Nous sommes allés à 5 et nous avons déjeuné avec elle. Elle voulait nous donner des costumes civils, mais nous avons refusé parce que nous attendions le fameux « cachet » signifiant notre libération. Quand nous sommes repassés par dessus la haie, un Allemand nous attendait, furieux. Il hurlait et nous poursuivait pour nous faire accélérer le pas. Parmi nous, il y en avait un qui n’avait pas froid aux yeux. Comme on avait soif, il est entré dans un café, nous avec. L’Allemand attendait dehors. A Montaigu, je vois « bisteck-frites, 7 fr. » : on a remis ça pour manger. On a rassemblé les sous qui restaient et on a fait « la part des frères » … Quand on a eu fini de manger, on a vu un lancier qui dansait et chantait sur la place. Il nous a montré son cachet et nous a dit de nous dépêcher. On a fait les 5 derniers kilomètres jusqu’à Diest à toute vitesse, en trois quarts d’heure, pour l’avoir.</p>
<p>Une fois libérés, nous avons pris tous les cinq la direction de Louvain. Nous nous sommes séparés peu avant d’y arriver. Trois continuaient sur Tirlemont. Moi, j’étais avec un rouquin de Thuin qui ne me lâchait plus. Nous avons arrêté un camion de bestiaux qui était déjà plein de belges. Le chauffeur nous a fait payer, et cher ! Mais à Tervuren, quand on a débarqué, un liégeois a réussi à prendre la clef de contact, et ne l’a rendue que quand il nous a eu remboursé de la moitié !</p>
<p>A Tervuren, des femmes ont arrêté pour nous un camion allemand. Nous étions méfiants et nous ne voulions pas monter, mais comme il allait à Villers-la-Ville, on l’a pris jusqu’au « Château-Cheval ». Les Allemands connaissaient !</p>
<p>Je suis rentré jusqu’à Lillois à pieds. Nous nous cachions dans les fossés, parce qu’il y avait couvre-feu après 10 heures du soir. Je suis arrivé chez moi à 11 heures. J’étais le premier militaire en uniforme à rentrer à Lillois.</p>
<p> </p>
<p><em>Récit recueilli par Michelle Plasman et Jean-François Meurs</em></p>
<p><em>1990</em></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>1940, Récit d’Alfred Piret &#8211; Le périple des garçons</title>
		<link>https://www.meurs.be/2018/04/22/273/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[alisce]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Apr 2018 00:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Piret-Magazine n°107-108]]></category>
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					<description><![CDATA[1940, le périple des garçons Le lundi 13 mai, le Centre de Recrutement de l’Armée Belge, avait donné l’ordre à tous les hommes de 16 à 35 ans de se rassembler pour être évacués vers la France. Le 14 au matin, Alfred et Pierre Piret, auxquels se joignent Jules Paesmans<a class="moretag" href="https://www.meurs.be/2018/04/22/273/"> Lire la suite&#8230;</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h1>1940, le périple des garçons</h1>
<p style="padding-left:90px;"><em>Le lundi 13 mai, le Centre de Recrutement de l’Armée Belge, avait donné l’ordre à tous les hommes de 16 à 35 ans de se rassembler pour être évacués vers la France. Le 14 au matin, Alfred et Pierre Piret, auxquels se joignent Jules Paesmans et Léon Maillet, se rendent dès l’aube sur la place St-Paul, puis embarquent dans un train à la gare de Nivelles Nord. Le train part très en retard, mais heureusement – de justesse &#8211; avant le bombardement de la ville. </em></p>
<p>Ils ont leur baluchon fait de quelques vêtements, et de quoi se ravitailler : chacun un pain, coupé en tranches et garni de jambon, et une gourde. Il ont pris place dans un wagon de 3<sup>e</sup> classe jusqu’à Roulers. Après y avoir passé la nuit, ils embarquent dans un wagon de marchandises, ou à bestiaux, c’est pareil. On peut s’étendre et somnoler, chacun dispose de ses 60-70 cm. Le train roule très lentement, il y a de fréquents et  parfois longs arrêts sur une voie de garage, souvent au bout de la gare. Dès qu’il y a moyen, on descend pour remplir sa gourde d’eau, mais on n’est jamais sûr du temps d’arrêt. Durant tout le trajet, il n’y a aucun ravitaillement, mais comme on n’a pas beaucoup d’appétit, on tient le coup durant les 8 jours que dure le voyage. Et comme ça, on ne doit pas beaucoup aller à la toilette.</p>
<p>A ce propos, il y avait un certain Michiels qui descendait à chaque arrêt pour aller se soulager. Les autres lui criaient toujours : « On te voit ! ». Il se relevait, allait plus loin, et on criait toujours : « On te voit ! ». Finalement, il n’a jamais pu déféquer… à part ça, on faisait un peu de toilette, mais on ne savait jamais si on avait le temps, et puis, … à quoi bon !</p>
<p>A l’arrivée à Toulouse, ils sont logés dans un lycée. Ils iront au cinéma pour passer le temps. C’est là que Jules rencontrera un nivellois qui a vu le clocher de la collégiale s’effondrer.</p>
<p>Le 28 mai, ils sont encore à Toulouse. Ils prennent un train pour Condom, dans le Gers. Les français embauchaient pour divers travaux. Il fallait remplacer les hommes partis à la guerre. Un patron voulait deux gars. Alfred et Pierre se sont présentés ensemble. Manque de chance, la famille n’était pas aimable. Le travail consistait en activités agricoles : maïs, céréales, gaver les oies, nourrir les dindons, épamprer la vigne : couper les gourmands et les pousses vertes.</p>
<p>La nourriture semblait curieuse : pain sec et une poignée de noisettes non décortiquées, vin à profusion, mais qu’ils coupaient d’eau : c’est plus rafraîchissant. Le sacro-saint goûter de la famille Piret était inconnu, alors, ils allaient chaparder des cerises pour se donner du cœur au ventre. Alfred a eu la diarrhée pendant quinze jours.</p>
<p>Durant tout le séjour, les communications sont coupées. Ils ne peuvent pas donner de leurs nouvelles, et donc en recevoir. Entre eux non plus d’ailleurs parce qu’ils sont dans des fermes isolées. Des gens qui sont rentrés plus tôt raconteront des bobards.</p>
<p>Ils sont revenus dans des wagons à bestiaux. Jules Paesmans était avec eux. Ils reçoivent à Auch une nourriture suspecte, qui provoquera des ennuis intestinaux. Dès que le train s’arrêtait, tous en profitaient pour baisser culotte, alignés en rangs d’oignons.</p>
<p>Arrivés à Bruxelles, ils sont allés à la Place Rouppe prendre le tram qui passe par Braine-l’Alleud et les a déposés à nivelles, en bas de la Trappe, à l’arrêt de l’Hostellerie. Là, la femme d’Arille Prévinaire, un voisin, qui passait par là à vélo les a aperçus et est venue aussitôt annoncer la bonne nouvelle à la ferme. On était le 15 août.</p>
<p> </p>
<h2>Le mariage de Marie-Madeleine</h2>
<p>On était déjà en août, et toujours sans nouvelles des garçons. Or, Marie-Madeleine devait se marier le 20 août : on ne pouvait pas reculer la date, parce qu’Adelson et elle s’étaient déjà engagés pour la reprise de la Ferme de Berlinmont à Fleurus. Les occupants attendaient pour partir, il y avait des vaches à soigner, etc.</p>
<p>Plus la date approchait, plus on ressentait l’absence d’Alfred et Pierre. Aussi, quand on est venu annoncer la nouvelle de leur retour, le 15 août, à peine quelques jours avant, Marie-Madeleine est folle de joie. Elle jette Michelle en l’air, jusqu’au plafond !</p>
<p>Le jour du mariage, les convives bien en forme voient entrer des Allemands. Ceux-ci  interrogent : « Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi la fête ? » Ils demandent de la tarte et du café. Tous les jeunes se mettent à crier : « A l’uche ! A l’uche ! », « dehors ! ». Papa Adolphe est inquiet et essaie de les faire taire, mais tous crient de plus belle : « A l’uche ! », « à la porte ! ». Heureusement, les Allemands ont fait ceux qui ne comprenaient pas. Ils étaient pourtant accompagnés par Marcel Mosselman &#8211; pas mauvais garçon, mais opportuniste -. On leur a quand même donné un morceau et une tasse.</p>
<p> </p>
<p><em>Récit d’Alfred Piret</em></p>
<p><em>Complété par Odile Piret.</em></p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>1940, La famille Ballieu &#8211; Souvenirs de guerre</title>
		<link>https://www.meurs.be/2018/04/22/274/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[alisce]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Apr 2018 00:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Piret-Magazine n°107-108]]></category>
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					<description><![CDATA[Famille Ballieu Souvenirs de la guerre de 40/45 Récit d’Albert et Joséphine, enfants d’Alphonse Ballieu et Lydie Tamigneaux. Ils habitaient Bruxelles, Saint-Josse, chaussée de Louvain, où ils tenaient une imprimerie et un commerce de papeterie. « Ma maison ! … » Les premiers jours de la guerre, le 10 mai 1940, vers 5h17<a class="moretag" href="https://www.meurs.be/2018/04/22/274/"> Lire la suite&#8230;</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h2>Famille Ballieu</h2>
<h1>Souvenirs de la guerre de 40/45</h1>
<p style="padding-left:90px;"><em>Récit d’Albert et Joséphine, enfants d’Alphonse Ballieu et Lydie Tamigneaux. Ils habitaient Bruxelles, Saint-Josse, chaussée de Louvain, où ils tenaient une imprimerie et un commerce de papeterie. </em></p>
<h2 class="style1">« Ma maison ! … »</h2>
<p>Les premiers jours de la guerre, le 10 mai 1940, vers 5h17 du matin, une bombe est tombée sur la maison BALLIEU, chaussée de Louvain, n° 13. Une photo a paru dans le journal « Le Vingtième Siècle » du lendemain, samedi 11 mai 1940, avec la légende : « Au cours de l’alerte aérienne sur Bruxelles, hier matin, un obus de la D.T.C.A. est tombé et a explosé sur une maison de la place Madou, à Bruxelles. »</p>
<p>La légende du journal laissait croire qu’il s’agissait d’un obus de la DTCA, Défense Terrestre Contre les Avions, donc belge. Mais il s’agissait bien d’une bombe allemande, d’environ 60 cm sur 30 cm qu’Albert a vue au-dessus des gravats dans la cave, dont le carrelage avait été soulevé. Il n’y eut guère d’autres cas à Bruxelles, en dehors des nombreuses petites bombes incendiaires, puis des V1, dont un qui est tombé à moins d’un kilomètre de là.</p>
<p>La maison endommagée est illustrée dans au moins deux livres, et un troisième en parle, sans oublier les passages à la Télé lors de plusieurs documentaires se rapportant à la guerre de 1940. Ces photos sont conservées au Musée de l’Armée.</p>
<p>Lors de l’exposition « J’avais 20 ans en 1945 », organisée au Musée du Cinquantenaire à Bruxelles en 1995, une vue de la maison était projetée sur l’écran de cinéma, avec celles d’autres immeubles sinistrés, et Albert s’est écrié « ma maison ! », suscitant l’étonnement des autres personnes qui assistaient à la projection, et qui ont demandé à Albert des explications au sujet de sa réaction…</p>
<p> </p>
<h2 class="style1"><strong>Le bombardement et la fuite</strong></h2>
<p>Albert raconte : « J’étais monté au grenier pour voir sur quoi tiraient les canons et, voyant dans le ciel venir plusieurs avions droit sur la maison, je suis descendu au deuxième étage pour dire à mon frère, qui dormait devant, et à ma belle-sœur, qui dormait derrière, de descendre à la cave. Mais en parlant à mon frère, j’ai vu la façade s’ouvrir, et je me suis dirigé vers l’escalier resté intact. Vu l’urgence et l’inconnu du danger, j’ai empoigné ma nièce avec son matelas, car elle était attachée, comme on faisait pour les bébés de quelques mois. »</p>
<p>Marguerite, épouse de Robert, logeait au 13 chaussée de Louvain, avec sa petite fille Paule, née en février 1939, qui avait un peu plus d’un an. Robert, comme lieutenant de réserve à la DTCA, était mobilisé dans les Flandres à West-Roosebeke, près de Roulers.</p>
<p>Ferdinand s’est retrouvé deux étages plus bas avec son lit, sur les gravats, dans la rue…  </p>
<p>« Maman, déjà levée, allumait la cuisinière qui se trouvait dans la partie de devant, qui sera détruite. Elle se dirigeait vers l’arrière quand elle a vu tomber à ses pieds la pendule en onyx. Papa dormait à l’annexe de derrière et n’avait rien entendu, étant au centre de l’explosion. »</p>
<p>Personne n’a été blessé, et c’est un miracle ! « Heureusement que nous n’étions pas à la cave, car le sol était soulevé par l’explosion. Le reste de notre maison du 13 (la moitié du bâtiment) n’a pas été fort endommagé par l’incendie qui a suivi la déflagration, mais le vent fort soufflant, comme toujours, de la Place Madou, a détruit entièrement la maison du n° 15 de la chaussée de Louvain. »</p>
<p>« J’étais avec papa, sur les marches de l’escalier de l’imprimerie, et voyant les flammes, j’ai dit : ‘l’Amérique ne tardera pas’. Pour mémoire, l’Amérique était entrée en guerre contre l’Allemagne le 6 avril 1917 après la guerre sous-marine à outrance. Pour cette seconde guerre, il faudra attendre le 7 décembre 1941, lorsque les japonais détruiront la flotte américaine à Pearl Harbour. »</p>
<p>Pour fuir l’incendie et quitter la maison, tout le monde est sorti par la cour située derrière l’atelier, franchissant &#8211; grâce à une échelle &#8211; les tuiles faîtières du mur mitoyen. Ils sont redescendus de l’autre côté avec la même échelle, chez un voisin de la rue Scailquin chez qui ils ont trouvé un premier refuge. Ils sont donc restés tous un moment sur ce mur, mais dans le feu de l’action, personne ne pensait au danger ! Ce n’est qu’après coup qu’ils ont éprouvé la frayeur : ces tuiles sont devenues « un toit » dans les souvenirs de Marguerite rapportés par Paule. Albert avoue qu’il était resté sous le choc, stupéfié – « comme le chat qui est resté plusieurs jours sous la baignoire » &#8211; et que les souvenirs se sont estompés…</p>
<p>Ghislaine était à l’Institut des Filles de la Sagesse, rue du Mérinos, à Saint-Josse. La supérieure s’est informée s’il y avait des blessés, et elle lui a permis de porter quelques secours.</p>
<p>Les parents sont allés prendre logement chez Joséphine et Omer, rue Bonaventure, 92, à Jette. Albert a été hébergé chez Ghislaine, seul homme parmi les jeunes filles pensionnaires ! Ferdinand, qui était déjà malade, a séjourné à l’hôpital.</p>
<p> </p>
<h2 class="style1">L’évacuation d’Albert et de ses parents</h2>
<p>La famille décide d’évacuer. Une consigne pour tous : rendez-vous à Saint-Laurent-sur-Sèvre, en Vendée, qui est la Maison mère des Filles de la Sagesse et des Pères Montfortains. Ghislaine et Marie y avaient déjà vécu durant la période de leur noviciat. C’est là que Ghislaine et les religieuses de sa communauté se sont réfugiées d’abord, avant de poursuivre leur voyage jusqu’à Salies-du-Salat en Haute Garonne.</p>
<p>Vers le 15 mai, Albert est parti avec tante Lydie et oncle Alphonse. Un train avec des banquettes de bois. Il était important qu’Albert évacue, car, bien que réformé après son service accompli en 1936, il était susceptible d’être recruté comme militaire. Il est donc parti avec tous les jeunes gens pour un long voyage, très lent, sans cesse interrompu à cause de bombardements.</p>
<p>Ils sont arrivés, vers le 20 mai, à Bagnères-de-Luchon, ville bien connue comme étape du Tour de France, dans les Pyrénées, à la frontière espagnole. Là, il devient « Maître d’hôtel » chez la Mère Paloubard, une veuve d’environ 50 ans. Il devait régler l’intendance des trente belges qui y logeaient. La Mère Paloubard, hôtelière, avait un petit air maternel. Un mot de patois, « Macareille » revenait souvent dans sa bouche… et dans celle d’Albert, sans qu’il sache ce que cela signifie, mais il provoquait le rire. On le devine, c’était une injure.</p>
<p>Le 28 mai, jour de la capitulation de Léopold III, les français injurient les belges. L’Histoire dira plus tard « à tort ». L’hébergement des évacués était aux frais de la Mairie, ce qui créait un malaise.</p>
<p>De là, Albert écrit à Ghislaine, au couvent de Saint-Laurent-sur-Sèvre, et c’est ainsi que Joséphine et Omer iront les rejoindre à Bagnères.</p>
<p> </p>
<h2 class="style1">Les tribulations de Joséphine et Omer</h2>
<p>Joséphine et Omer sont partis en train le 15 mai vers 10h00, en destination de Courtrai où ils sont arrivés seulement le jeudi 16 vers 17h00. Les bombardements pendant le trajet expliquent la durée du parcours. Là, Omer tenant à accomplir son devoir civique, rejoint les hommes mobilisables pour franchir à pied la frontière comme les autres jeunes du « C.R.A.B » (Centre de Recrutement de l’Armée Belge).</p>
<p>Restée seule, Joséphine fait tout pour rejoindre Menin par train vapeur. La localité avait été déjà bien bombardée. « Arrivée à Menin, il fallait attendre jusqu’au lendemain 17 mai pour passer la frontière à pied. Au moment de franchir cette frontière, j’ai vu avec quelle facilité les hommes mobilisables pouvaient passer, sur le seul vu de leur carte d’identité. Ce qui me fit regretter amèrement de ne plus être avec Omer. Une fois de l’autre côté, j’ai cherché un logement et me suis renseignée sur l’horaire des trains via Lille. Me voyant en difficulté, une brave famille française m’a offert le logement pour la nuit. Le matin, après une nuit entrecoupée d’alertes, le papa m’a conduit à l’autobus menant à la gare de Lille. »</p>
<p>« A Lille, il y avait un encombrement fou. De plus, je devais connaître la distance de Lille à Saint-Laurent via Paris. Pour prendre ce train, il fallait rejoindre la gare à Haubourdin. Je me suis embarquée dans un wagon à bestiaux, avec comme confort de la paille contre redevance. Quitter ce moyen de locomotion était exclu : j’étais dans un train de réfugiés. »</p>
<p>« De Haubourdin, nous avons été dirigés vers Calais, et nous sommes arrivés à Marquise le samedi 18. Le lendemain, dimanche 19, impossible d’obtenir un ticket sans posséder un laisser-passer à obtenir de la gendarmerie. Le train de réfugiés devait rester immobilisé deux jours. Le bureau militaire à Marquise me conseille alors de faire de l’auto-stop à une voiture belge se dirigeant vers Boulogne. L’après-midi, je vois des camions militaires avec des évacués de Gand. Je reconnais le collet militaire de l’artillerie, alors je pose la question de savoir s’ils n’étaient pas du 12<sup>ème</sup> A, régiment de Joseph. C’étaient des liégeois. Je me rends compte à ce moment de la rapidité des opérations militaires et, voulant m’éloigner le plus tôt possible, j’ai demandé s’ils ne pouvaient pas se charger de moi, pour rejoindre Angers, car il n’y avait pas de train avant deux jours. Cela a réussi, et je me suis retrouvée ‘militaire de contrebande’.</p>
<p>« Boulogne, Montreuil, détour par Hesdin, nous sommes dirigés sur Abbeville, qui subit une attaque sérieuse sous le feu des avions allemands. La colonne militaire s’arrête, le camion est tombé en panne. Les soldats décident de continuer à pied, moi itou, jusqu’au matin. Nous atteignons Rouen sous un ciel calme. »</p>
<p>« Rouen, Evreux, Alençon… Je quitte la colonne et me dirige vers la gare afin de prendre le train pour Le Mans. Nous y recevons du ravitaillement, et je peux dormir dans un wagon pour voyageurs. Au réveil, le train part pour Angers, puis continue jusqu’à Cholet où je reçois ravitaillement et logement dans une famille d’accueil. »</p>
<p>« Le service d’autobus fonctionne entre Cholet et Saint-Laurent. J’y trouve Ghislaine, qui avait reçu une carte d’Albert donnant leur adresse à Bagnères de Luchon, et une carte d’Omer donnant aussi son point de chute : Cruzy dans l’Hérault. J’écris à Omer pour l’informer de ma prochaine destination »</p>
<p>« Le 25 mai, j’ai obtenu de la mairie une attestation qui me permettait de terminer mon aventure. J’ai repris le chemin de Cholet, puis le train pour Angers, Nantes, Toulouse, Tarbes. Je passe la nuit au Centre d’accueil. Le 26, enfin, je retrouve la famille à Bagnères de Luchon. »</p>
<p>« Grâce à un laisser-passer fourni par la Mairie, Omer peut nous rejoindre, avec l’aide d’un certificat d’un hébergement assuré à Bagnères. »</p>
<p> </p>
<h2 class="style1">Le retour et la reprise du magasin</h2>
<p>Peu après le 25 août, le voyage de retour a commencé, en wagons à bestiaux, sans siège, avec la double porte ouverte. Albert s’asseyait avec les jambes pendantes dans le vide. Il ne fallait pas oublier de les retirer à l’approche des gares, à cause des quais.</p>
<p>En septembre 1940, ils ont trouvé un logement au 61 de la rue Scailquin. Il s’agit actuellement d’un bâtiment moderne.</p>
<p>Marie était au couvent de Montignies aux premiers jours de la guerre ; elle y est restée sans évacuer.</p>
<p>Joseph, rentré de l’armée, démobilisé, a découvert la maison détruite, toute la famille absente. Il a subi un choc. Il est allé à la ferme de Baulers, chez les Piret, durant plusieurs mois.</p>
<p>Albert ne se souvient pas de ce qui est advenu de Ferdinand, entre son séjour à l’hôpital, le 10 mai, et le 17 octobre 1940. Rien non plus en ce qui concerne Marguerite et Robert.</p>
<p>En mars 1941, le magasin est ouvert au 17 chaussée de Louvain, avec les rayons et le comptoir qui ont échappé au désastre du 10 mai 1940. Il a fallu attendre que le propriétaire répare la petite partie éventrée du mitoyen 15-17. Dans cette petite maison, il y avait magasin avec cuisine en bas et deux chambres au premier.</p>
<p>En avril 1942, la maison du 13 est solidement reconstruite et le magasin définitif est réouvert. La cuisine est au rez-de-chaussée, les parents occupent le devant du deuxième étage, et Albert le devant du troisième. Le premier étage complet et une partie du second à l’arrière sont loués, pour avoir des ressources.</p>
<p>En 1946, après la guerre donc, le magasin est agrandi : il occupe la cuisine, la salle-à-manger et le bureau du bas.</p>
<p>En 1966, le commerce s’étend encore, mais, surtout, Albert a obtenu des logements plus grands pour les sept occupants. Il y eut un premier refus de la part du Bourgmestre, très réticent, car la construction dépassait le gabarit de 50 centimètres. Albert a utilisé l’argument d’ « insalubrité » à cause de la circulation devenue envahissante, et c’est ainsi qu’il a obtenu, malgré tout, l’autorisation.</p>
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