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	<title>Piret-Magazine n°091 &#8211; Piret-Magazine</title>
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	<description>Un site de la famille Piret-Meurs</description>
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		<title>Obaix, village de toutes les joies</title>
		<link>https://www.meurs.be/2012/06/04/206/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[alisce]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 Jun 2012 00:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Piret-Magazine n°091]]></category>
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					<description><![CDATA[Obaix, village de toutes les joies La ferme d’Obaix, les oncles, les tantes, les cousins, les cousines, lieu de plaisir, lieu d’aventures, lieu de fêtes&#8230; Le ruisseau d’Orpha avait quelque chose qui faisait battre le coeur plus vite ; c’était pour nous, enfants sans rivière (1), semblable à la découverte<a class="moretag" href="https://www.meurs.be/2012/06/04/206/"> Lire la suite&#8230;</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<style>
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</style>
<h1 class="style1">Obaix, village de toutes les joies</h1>
<p>
    <em>La ferme d’Obaix, les oncles, les tantes, les cousins, les cousines, lieu de plaisir, lieu d’aventures, lieu de fêtes&#8230;</em>
</p>
<p>
    Le ruisseau d’Orpha avait quelque chose qui faisait battre le coeur plus vite ; c’était pour nous, enfants sans rivière (1), semblable à la découverte du<br />
    fleuve Congo par Stanley. Nos vaillants cousins Paul, Jules, Jean-François, Adolphe, rivalisaient d’ingéniosité, inventant des méthodes de pêche à<br />
    l’épinoche, artisanales ou industrielles : vieux seaux percés, boîtes à conserve trafiquées, et même une passoire en bon état (2). Le produit de notre<br />
    braconage était entreposé dans le bac abreuvoir des chevaux. Avec une question : les chevaux faisaient-ils un filtre avec les dents ou avalaient-ils les<br />
    poissons tout vivants comme les malheureux poissons d’Ypres ou pis comme Jonas ? Cette interrogation paraissait aux garçons idiote et dénuée de sens.
</p>
<p>
    Lasse de leurs jeux de gamins, je rentrais par la laiterie. On disait aussi le fournil. C’était là qu’oeuvrait tante Marie-Louise, silencieuse, efficace.<br />
    Pain, tartes, beurre, boudins &#8230; Lait battu, fromage &#8230; Lessive &#8230; C’était le ventre de la maisonnée. En la voyant si courageuse, j’avais peine à<br />
    imaginer ce que maman m’avait dit : dans sa jeunesse, Marie-Louise se cachait pour lire. Incroyable !<br />
    
</p>
<p>
    Par contre, son courage et sa fermeté s’appliquaient très bien à une autre “histoire-vérité”. En revenant de Boussu vers Baulers, lors de l’ “exode” de<br />
    1940, on se souvient dans quelles conditions, des militaires allemands jettent à notre jolie tante des chocolats. Marie-Louise piétine, écrase jusqu’au<br />
    dernier tous les chocolats ! Les témoins étaient effrayés de son audace&#8230; Ils étaient “serrés”, disaient-ils. On le serait à moins !<br />
    
</p>
<p>
    Encore une “histoire-vérité” qui se rapproche plus de nos bétises d’enfant. Marie-Louise, en se battant avec Célina (film de cape et d’épée), elles ont<br />
    cassé la cane de l’oncle Edgard, autorité incontestée &#8230; Ce jour-là, elles se sont cachées&#8230;<br />
    
</p>
<p>
    Je quitte Marie-Louise en longeant le couloir (3). Extraordinaire couloir où chacun avait deux patères, pour son manteau, écharpe, tablier gris de travail,<br />
    son cartable, et au-dessus, une étagère pour ses chaussures. Merveille d’organisation.<br />
    
</p>
<p>
    J’entre dans la pièce de séjour ; devant moi, la photo de l’oncle Paul en militaire et le superbe baromètre. Et là, me reviennent à la mémoire les Noëls<br />
    d’Obaix. La crêche vivante nous amenait les soirs de Noël à la messe de minuit, moments magiques et folkloriques : nos cousins revêtus de peaux de moutons<br />
    comme de vrais bergers, Marie-Jeanne ou Irène en Sainte Vierge, chacun selon leur âge faisant un personnage différent. Moments sacrés aussi, où nous<br />
    regardions nos oncles et tantes, papa et maman concentrés dans leur dialogue avec le Père du Ciel. Il arrivait que tante Marie-Louise s’endormît dans ses<br />
    prières et Dieu disait lui-même : “Ainsi soit-il !” &#8230; Tenait-elle cela de Bonne-Maman, qui s’endormait souvent pendant les sermons ?<br />
    
</p>
<p>
    La fin de la messe nous réveillait tous et j’entends encore les bruits des pas et des voix dans les nuits où le gel était de la partie. Puis, tante Odile<br />
    nous coupait du cougnou et les “papas” buvaient la p’tite goutte (et peut-être les “mamans” aussi). Cerises du Nord (4), dont on suçait les noyaux le plus<br />
    longtemps possible, angélique écoeurante et autres liqueurs maison rappelant les talus de l’été.<br />
    
</p>
<p>
    Tante Marie-Louise et maman se parlaient, s’échangeaient toutes sortes de conseils – des conseils, pas vraiment : elles s’encourageaient, se partageaient<br />
    leurs expériences -. Les curieuses dont j’étais ouvraient bien grand leurs oreilles. Ont-elles retenu juste ? &#8230; Conseils d’éducation affective et<br />
    sexuelle, comment dire les choses à leurs chères têtes blondes ou noires qui grandissaient plus vite que leurs pantalons ; conseils d’éducation tout courts<br />
    quand une maman trop bonne ou trop fatiguée aurait laissé tomber les bras devant leurs chers tyrans ; partage d’enfants (5) : tout le monde sait qu’un<br />
    enfant de plus ou un enfant de moins est un élément de paix dans une famille !<br />
    
</p>
<p>
    Discrètement, vous nous avez passé, soeurs chéries, votre amour passionné des enfants et aussi, faut-il le dire, votre amour de la révolution contre toute<br />
    forme d’injustice, d’esclavage. Pour soi, passe encore, mais pour les enfants : “NON !” Disons-nous autre chose pendant cette difficile période de grève ?<br />
    (6).<br />
    
</p>
<p align="right">
    Michèle Plasman, novembre 1990.
</p>
<p align="right">
    <em>Texte paru dans le Piret-Magazine n° 6</em>
</p>
<p>
    Notes :<br />
    
</p>
<p>
    1) Nous, c’est-à-dire les enfants Plasman de Lillois. Il n’y avait pas de rivière à proximité où les enfants allaient jouer.
</p>
<p>
    2) Empruntée à la cuisine ! &#8230;
</p>
<p>
    3) Nous disions le corridor.
</p>
<p>
    4) Tante Odile faisait macérer des cerises du nord ou des cassis dans de l’eau de vie, et elle fabriquait une liqueur digestive d’angélique, plante qui<br />
    poussait au fond du grand jardin.
</p>
<p>
    5) Pendant les vacances, quelques enfants d’Obaix allaient à Lillois, ou à Baulers, ou ailleurs, et vice-versa.
</p>
<p>
    6) Michèle fait allusion aux grèves des enseignants qui se succédèrent dans les années 80 et 90.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>A notre belle et douce bonne-maman, Marie-Louise</title>
		<link>https://www.meurs.be/2012/06/04/207/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[alisce]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 Jun 2012 00:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Piret-Magazine n°091]]></category>
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					<description><![CDATA[A notre belle et douce bonne-maman, Marie-Louise Je me souviens lorsque j’étais petite, à l’école, on nous demandait de dessiner notre « arbre généalogique ». Quelle galère ! Je n’avais jamais assez de place pour tous les noms, les branches dépassaient de partout, et je terminais toujours la dernière. Mais<a class="moretag" href="https://www.meurs.be/2012/06/04/207/"> Lire la suite&#8230;</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<style>
<!--
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</style>
<h1 class="style1">A notre belle et douce bonne-maman, Marie-Louise<br />
</h1>
<p>
    Je me souviens lorsque j’étais petite, à l’école, on nous demandait de dessiner notre « arbre généalogique ». Quelle galère ! Je n’avais jamais assez de<br />
    place pour tous les noms, les branches dépassaient de partout, et je terminais toujours la dernière. Mais je me souviens que je commençais toujours de la<br />
    même manière : sur le tronc, j’inscrivais « bon-papa, bonne-maman, tante Odile &amp; mon oncle Paul ». C’est vous le socle de cette belle et grande<br />
    famille, notre point de ralliement, notre force, le pilier de ce grand temple.
</p>
<p>
    Force, amour, apaisement, trait d’union, …. C’est ce que tu es je pense pour tes enfants mais aussi tes 27 petits enfants et 19 arrières petits-enfants. Je<br />
    n’oublierai jamais ton beau sourire lorsqu’on débarquait dans la cuisine d’Obaix avec les cousins. Tu levais la tête de tes mots-croisés, et tu nous disais<br />
    bonjour un à un en citant nos prénoms. Ensuite, on attendait impatiemment que tu te lèves, que tu te diriges vers notre armoire préférée, d’où tu sortais<br />
    tes fameux bonbons en nounours. « On partage » tu nous rappelais. On allait ensuite se blottir dans ton fauteuil à fleurs pour dévorer ta petite<br />
    bibliothèque remplie de Spirous.
</p>
<p>
    Je garde en souvenir ces belles images de toi parmi les fleurs de ton jardin, où tu semblais si calme et paisible au milieu de nous qui courrions partout.<br />
    J’ai toujours aimé cette simplicité, cette tranquillité, cette force calme que tu dégageais ; l’histoire que racontaient tes mains, et ton petit sourire en<br />
    coin lorsque tu évoquais tes enfants et leurs bêtises.
</p>
<p>
    Je garderai toujours précieusement ces souvenirs, bien au fond de moi, contre mon coeur. Aujourd’hui tu as enfin trouvé l’apaisement que tu méritais et que<br />
    tu attendais tant. Lorsque je verrai un coquelicot valser au gré du vent, je penserai à toi. Cette petite fleur fragile te ressemble tellement : discrète<br />
    parmi l’immensité des champs, elle donne de la couleur à la vie, comme toi qui en a tant donné à la nôtre.
</p>
<p>
    Merci bonne-maman
</p>
<p>
    Jamie.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Maman et les fleurs</title>
		<link>https://www.meurs.be/2012/06/02/202/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[alisce]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 Jun 2012 00:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Piret-Magazine n°091]]></category>
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					<description><![CDATA[Marie-Louise Piret Maman et les fleurs Au fond du jardin de mon enfance, sous le pommier, près du mur qui protègeait du vent du Nord, il y avait des violettes. Elles poussaient dans l’ombre, discrètes, presque invisibles. Mais on sentait leur odeur puissante et rafraîchissante. Elles m’ont toujours fait penser<a class="moretag" href="https://www.meurs.be/2012/06/02/202/"> Lire la suite&#8230;</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<style>
<!--
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</style>
<h1 class="style1">Marie-Louise Piret</h1>
<h2>
    Maman et les fleurs<br />
</h2>
<p>
    Au fond du jardin de mon enfance, sous le pommier, près du mur qui protègeait du vent du Nord, il y avait des violettes. Elles poussaient dans l’ombre,<br />
    discrètes, presque invisibles. Mais on sentait leur odeur puissante et rafraîchissante. Elles m’ont toujours fait penser à toi, maman, petite, effacée, se<br />
    plaisant à l’ombre, et pourtant tellement présente dans nos vies.
</p>
<p>
    Les “chambourées” que l’on te portait le jour de ton anniversaire ravivaient sur ton visage la joie de l’enfance, quand tu allais à la Petite Cense, au<br />
    Bois du Sépulchre, faire des bouquets d’or. On les cueillait à la fête de Sainte Gertrude, le 17 mars, proche de ton anniversaire. Nivelles et Sainte<br />
    Gertrude comptaient beaucoup pour toi.<br />
    
</p>
<p>
    Tu aimais les roses. Elles te remplissaient d’admiration et de bonheur. Tu récoltais soigneusement les derniers boutons de l’automne pour les laisser<br />
    sécher dans un vase. Ainsi, elles mettaient quelques couleurs durant les longs hivers trop ternes.<br />
    
</p>
<p>
    En été, tu parfumais la maison avec les pivoines grasses et sensuelles : c’était une explosion citronnée qui chatouillait les narines.<br />
    
</p>
<p>
    Mais à côté de ces fleurs “nobles”, reines du jardin, tu savais regarder les humbles plantes, les herbes des talus et des champs. Tu voyais la beauté<br />
    discrète de ce qui est petit, humble, ces choses à côté desquelles on risque de passer sans les voir. Tu faisais des bouquets de fenaces rousses, de<br />
    fétuques vertes, de folle avoine dorée, de flouves odorantes blondes. Quand on prend la peine de les regarder, elles sont pleines de finesse, de légèreté,<br />
    riches en nuances. Des trésors fragiles&#8230;<br />
    
</p>
<p>
    Ces dernières années, dans ta maison puis dans ta chambre, tu avais toujours ces orchidées blanches qui duraient, qui duraient&#8230; obstinées, comme tu le<br />
    fus.<br />
    
</p>
<p>
    Mais tu craquais surtout pour les coquelicots éclatants. Le cousin Noël t’avait décerné le titre de “miss coquelicots”. Ils dévoilent ton côté passionné<br />
    sous des dehors apparemment froids. Ils reflètent ton ardeur au travail, l’intensité de ton activité tenace, le bouillonnement de ta vie intérieure, ton<br />
    secret.<br />
    
</p>
<p align="right">
    Jean-François</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Tout c’qu’est p’tit est bia !</title>
		<link>https://www.meurs.be/2012/06/02/203/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[alisce]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 Jun 2012 00:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Piret-Magazine n°091]]></category>
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					<description><![CDATA[Marie-Louise Piret Tout c’qu’est p’tit est bia ! (Little is beautiful) Reprise d’un texte paru dans “Piret Magazine n° 6 page 9 à 14 Mars 1919 . Il faisait déjà &#8230; petit La fermette d’Arquennes (1) paraissait déjà bien petite quand elle y arriva. Elle était le sixième enfant. Elle<a class="moretag" href="https://www.meurs.be/2012/06/02/203/"> Lire la suite&#8230;</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<style>
<!--
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 -->
</style>
<h1 class="style1">Marie-Louise Piret</h1>
</h1>
<h2>
    Tout c’qu’est p’tit est bia !<br />
</h2>
<p>
    (Little is beautiful)
</p>
<p align="right">
    <em>Reprise d’un texte paru dans “Piret Magazine n° 6 page 9 à 14</em>
</p>
<p>
    <strong><em>Mars 1919</em></strong><br />
    <strong>. Il faisait déjà &#8230; petit</strong><br />
    
</p>
<p>
    La fermette d’Arquennes (1) paraissait déjà bien petite quand elle y arriva. Elle était le sixième enfant. Elle ne serait pourtant pas la dernière à y<br />
    naître, mais, comme l’écrira plus tard son parrain, Pierre Dubois – devenu Père Albéric &#8211; : “On était déjà à l’étroit lors du baptême”. La guerre de 14/18<br />
    venait à peine de finir, et il était ce jour-là en uniforme d’aumônier militaire, comme sur la photo encadrée au-dessus de la porte de la chambre de maman<br />
    à Obaix. Il était déjà prêtre, pas encore trappiste.<br />
    
</p>
<p>
    Sa marraine, Odile Tamigneaux, était la plus jeune, la plus jolie, la plus joyeuse, et sans doute la plus petite des tantes nivelloises. Or, voilà qu’à<br />
    peine s’est-elle penchée sur le berceau, que la bonne fée se retire sur la pointe des pieds chez les petites soeurs des pauvres. Sa filleule, Marie-Louise,<br />
    la verra à peine une fois dans son couvent à la rue Haute à Bruxelles. Un parrain trappiste et une marraine “béguine” en Amérique latine, quelle drôle<br />
    d’idée&#8230; ça frustre un peu quand même.<br />
    
</p>
<p>
    On l’appela Marie-Louise : la tante Louisa Piret venait de s’éteindre à la ferme de La Loge, en 1918, victime de la grippe espagnole. Au fait : c’est<br />
    Célina qui aurait dû porter le prénom de sa marraine Louisa, mais comme le grand-père Ferdinand Tamigneaux avait fait remarquer qu’aucune de ses<br />
    petites-filles ne portait le nom de son épouse, c’est elle qui hérita de ce nom (2). Et Marie-Louise eut le doux nom de Marie-Louise.<br />
    
</p>
<p>
    <strong><em>1920-1924</em></strong><br />
    <strong>. Petite.</strong><br />
    
</p>
<p>
    Elle avait beau grandir, on voyait bien qu’elle était petite. Et sa maman lui disait qu’elle ressemblait à la “tante Gènie”, à savoir Marie Françoise<br />
    Eugénie Mosselman, dite Eugénie (3).<br />
    
</p>
<p>
    <strong><em>1926</em></strong><br />
    <strong>. Elle se faisait petite</strong><br />
    
</p>
<p>
    Son papa, Adolphe Piret, rentre de la besogne avec la lampe à pétrole. Sans bruit, sans rien dire, se faisant toute petite, Marie-Louise prend la lampe et<br />
    profite d’un reste de pétrole pour aller dans sa chambre. Elle grimpe l’escalier de meunier qui monte à la pièce au-dessus du four. Elle escalade avec<br />
    précaution le petit escabeau branlant de trois ou quatre marches qui permet d’accéder à la partie supérieure de cette chambre à deux niveaux. Elle se<br />
    déshabille, se coule en dessous des couvertures et ferme les yeux sans tarder. Tout va bien, elle sera déjà endormie quand la lampe s’éteindra et que le<br />
    noir de la nuit envahira tout avec son cortège de peurs… La mèche s’éteint, mais la petite fille ne veut pas le savoir.<br />
    
</p>
<p>
    <strong><em>1927</em></strong><br />
    <strong>. « Viens, mon petit ».</strong><br />
    
</p>
<p>
    Paule est déjà prête pour aller à l’école, toujours la première, avec le panier des dîners. Célina et Odile se disputent et courent devant. Marie-Madeleine<br />
    sera la dernière, comme d’habitude, parce qu’elle rêve, et parce qu’il lui faut beaucoup de temps pour démêler ses cheveux qu’elle a épais et bouclés.<br />
    Marie-Louise appelle Alfred, doucement : « Viens, mon petit… »<br />
    
</p>
<p>
    <strong><em>1928</em></strong><br />
    <strong>. Tout le café de maman.</strong><br />
    
</p>
<p>
    Marie-Louis a soif… C’est vrai que la matinée à l’école a été si longue, et le chemin encore plus. Heureusement, c’est jeudi, et le jeudi après-midi, il<br />
    n’y a pas école. Alors, elle ferme de temps en temps son livre, elle va à la cafetière, tandis que sa maman reste plongée dans sa lecture, et elle boit,<br />
    elle boit tout le café de sa maman. Ah ! Elle en a bu, du café, les jeudis après-midi.<br />
    
</p>
<p>
    <strong><em>1930</em></strong><br />
    <strong>. Une grande colère.</strong><br />
    
</p>
<p>
    Marie Louise est en colère. Comme l’autre fois, quand elle a jeté son sabot. Oui, chaque fois que papa et maman sont partis « à scrène », jouer aux cartes<br />
    chez les voisins, on dirait que ses sœurs font exprès de se mettre toutes ensemble pour la faire enrager. Elle ne sait plus pour quoi, ni comment, ce<br />
    soir-là, elle se saisit du vase en cuivre, vous vous souvenez, ce vase avec le col allongé et un bel arrondi tout sculpté dans le bas. Elle le lance à<br />
    travers tout. Il heurte la porte : il est tout plié ! …<br />
    
</p>
<p>
    On la dit silencieuse et calme comme sa maman ! … ? … Sans doute. Et aussi colérique comme elle : tante Laure montrait, à la Petite Since, un coup dans la<br />
    porte : Julia avait jeté de toutes ses forces une bouilloire à travers la pièce.
</p>
<p>
    <strong><em>1931</em></strong><br />
    <strong>. On égorge le cochon.</strong><br />
    
</p>
<p>
    Hiver. Le noir tombe très tôt. Oh, les cris du cochon que l’on traine sur les cailloux de la cour ! Le cochon qu’on égorge. Frayeurs. Marie-Louise déteste<br />
    ça. Elle prend la lanterne et va se cacher dans sa chambre. Elle disparaît dans son livre de lecture. Demain, elle évitera d’aller regarder sa maman qui<br />
    gratte les boyaux avec un air de dégoût. Elles ont toutes les deux les mêmes nausées quand il faut toucher le visqueux, le blanc d’œuf, les veaux qui<br />
    viennent de naître.<br />
    
</p>
<p>
    <strong><em>1932</em></strong><br />
    <strong>. Têtue.</strong><br />
    
</p>
<p>
    &#8211; Non ! Je n’irai pas porter les poireaux à tante Maria !
</p>
<p>    Sa maman a beau se fâcher, Marie-Louise se ferme et fait la mauvaise tête. Celle-ci pense : il faudra baisser la tête en passant devant l’oncle Edgard et<br />
    la tante. Il faudra éviter de parler trop fort. Elle a peur de cet air de sévérité.
</p>
<p>
    &#8211; Non ! Je ne les porterai pas !
</p>
<p>
    Sa maman lui met de force le panier dans les mains et elle sort au coin de la maison pour la regarder s’éloigner, têtue. Quand Marie-Louise arrive au bout<br />
    de la grange, encore quelques pas et elle jette le panier dans l’herbe, au pied de la haie. Elle s’enfuit sans se retourner.
</p>
<p>
    Quand elle rentre le soir, le panier n’est plus là. Sa maman ne dit rien. Que sont devenus les poireaux ? On n’en reparlera plus jamais…<br />
    
</p>
<p>
    <strong><em>1933</em></strong><br />
    <strong>. Vive le vélo !</strong><br />
    
</p>
<p>
    Marie-Louise et Célina vont à l’école à vélo. Vive le vélo, il passera partout, on ne peut plus s’en passer ! Faire les courses, aller aux champs… Et les<br />
    belles excursions à villers-la-Ville avec les cousins.<br />
    
</p>
<p>
    &#8211; Bî râte y vos faura vos vélo pour daler tchîr !, désapprouve papa.
</p>
<p>
    Aujourd’hui, il dirait certainement :
</p>
<p>
    &#8211; t’taleur, les djoûnes pèrdront leû n’auto pour daler…
</p>
<p>
    <strong><em>1934</em></strong><br />
    <strong>. Un grand zéro.</strong><br />
    
</p>
<p>
    Pour ce qui est des rédactions, ses sœurs Odile et Colette ont bien plus d’imagination qu’elle. En un clin d’œil, elles ont fait une description, inventé<br />
    une histoire. Mais ce qu’elle n’aime pas du tout, ce sont les cours de commerce. Pourtant, elle ne triche pas, alors que c’est une pratique courante autour<br />
    d’elle. Puisqu’elle ne sait pas, elle met sur sa feuille : « Question une telle, réponse dans le livre page une telle ! »<br />
    
</p>
<p>
    &#8211; Marie-Louise Piret, vous avez un grand zéro !
</p>
<p>
    <strong><em>1935</em></strong><br />
    <strong>. … et en vitesse !</strong><br />
    
</p>
<p>
    Vite, vite ! Onze heures et quart, l’école se termine. Un quart d’heure pour remonter de Nivelles jusqu’à la ferme de Dinant. Comme chaque fois,<br />
    Marie-Louise a soif. Alors, la première chose qu’elle fait en rentrant à la maison, c’est de descendre directement à la cave. Elle prend de la bière au<br />
    tonneau avec un pot blanc émaillé, et elle boit à petites gorgées, rapides.<br />
    
</p>
<p>
    Avec Célina, elle fait les lits, en vitesse. Puis, il faut tourner les sauces pour le dîner. Dresser la table, manger, débarrasser. Faire la vaisselle en<br />
    vitesse. Quand j’étais petit et que maman nous commandait quelque chose, c’était généralement assorti d’un « … et en vitesse ! »<br />
    
</p>
<p>
    Mais ne nous attardons pas, il faut retourner à l’école : sept minutes pour faire les six kilomètres jusqu’au béguinage… Il faut dire que ça descend bien,<br />
    de la Trappe jusqu’au Fontenau. Avec l’habitude, on peut même faire tout le trajet sans tenir son guidon. Marie-Louise va même jusqu’à lire un livre en<br />
    roulant !<br />
    
</p>
<p>
    Un jour, &#8211; est-ce le cable de freins qui a pris dans la roue ? -, elle est passée par-dessus le vélo, près de l’Hostellerie. Elle était fort écorchée aux<br />
    genoux. Et, bien sûr, un peu sonnée !<br />
    
</p>
<p>
    <strong><em>1936</em></strong><br />
    <strong>. Une petite valse.</strong><br />
    
</p>
<p>
    Jusqu’ici, quand toutes ses sœurs se mettaient à danser, cela ne l’intéressait guère. Et on l’a bien embêtée avec ça ! Aujourd’hui, elle va valser pour la<br />
    première fois, avec le jeune voisin, Jules Paesmans. Marie-Madeleine est au piano. Entre deux valses, prise de nausées, Marie-Louise va vomir à la cour.<br />
    Puis, elle revient bravement prendre sa place.<br />
    
</p>
<p>
    <strong><em>1937</em></strong><br />
    <strong>. Les garçons.</strong><br />
    
</p>
<p>
    Marie-Louise et Célina reviennent de l’école à vélo. Joseph Plasman et Jean Verstrepen sont postés le long de la route. Pour bien montrer qu’ils<br />
    n’attendent pas les filles, ils jouent au « dek », un anneau de caoutchoux qu’on se lance adroitement de l’un à l’autre, l’ancêtre du « frisbee ».<br />
    
</p>
<p>
    Voici que le « dek » tombe aux pieds de Marie-Louise qui, vivement, descend de son vélo, le ramasse et se sauve à toute vitesse avec le jouet. Un petit<br />
    coup d’œil en arrière … les garçons les pousuivent ! Vite, plus vite ! La Trappe est avalée, la ferme Bauthier est en vue… ça monte ! Elles vont<br />
    rapidement, mais les garçons plus rapidement encore. Les voilà rejointes alors que la ferme de Dinant est en vue. Que vont dire les parents de leurs<br />
    fréquentations ? Marie-Louise essouflée montre avec son doigt :<br />
    
</p>
<p>
    &#8211; Il est là-bas, il est là-bas ! accroché à un arbre !
</p>
<p>
    Et elles s’enfuient toutes les deux de plus belle …
</p>
<p>
    <strong><em>1940</em></strong><br />
    <strong>. Marilou.</strong><br />
    
</p>
<p>
    Paul écrit (lettre du 22 janvier 1940) à son frère François, qui fait son service militaire à Namur : «<br />
    <em><br />
        L’autre jour, au téléphone, quand vous me parliez de Baulers, je ne vous ai pas répondu parce que maman était près de moi. Elle se doute bien de quelque<br />
        chose, mais je dis toujours non<br />
    </em><br />
    »… Complicité des deux frères…<br />
    
</p>
<p>
    Quand François vient voir « Marilou », il s’assied dans le coin du salon, près du grand meuble. Il lui dit : « Votre maman, c’est comme un bonbon sur.<br />
    Quand on l’a sucé un peu, il devient meilleur » …<br />
    
</p>
<p>
    Souvenirs recueillis par Jacques et Colette Piret, Michèle Plasman et Jean-François Meurs.
</p>
<p>    Notes :
</p>
<p>
    1) La Cense dite « Djan Mitant », près du « Pont à pierrots ».
</p>
<p>
    2) En fait, son prénom officiel était Elisa, mais on l’appelait toujous Célina.
</p>
<p>
    3) Marie Françoise Eugénie, née à Ophain le 24 décembre 1838. Elle avait épousé à Nivelles le 9 juillet 1868 Florent Joseph HOTE, né à Dhuy le 14 juin<br />
    1831, fils de Pierre Joseph Hote et Marie Thérèse Moinil. Elle est nommée Eugénie sur le faire-part de décès de sa sœur Elisa Mosselman dite Célina.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Hommage à Marie-Louise Piret</title>
		<link>https://www.meurs.be/2012/06/02/205/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[alisce]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 Jun 2012 00:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Piret-Magazine n°091]]></category>
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					<description><![CDATA[Marie-Louise Piret La force spirituelle de Maman Ce texte reprend et amplifie ce que j’ai dit au cours de l’eucharistie de passage le vendredi 25 mai ; aussi bien l’introduction, que j’avais davantage improvisée, que l’homélie, qui méritait quelques reformulations. La vie spirituelle, c’est tout ce qui permet de vaincre<a class="moretag" href="https://www.meurs.be/2012/06/02/205/"> Lire la suite&#8230;</a>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<style>
<!--
 .style1 {color: #FF6600;}
 -->
</style>
<h1 class="style1">Marie-Louise Piret</h1>
<h2>
    La force spirituelle de Maman<br />
</h2>
<p>
    <em><br />
        Ce texte reprend et amplifie ce que j’ai dit au cours de l’eucharistie de passage le vendredi 25 mai ; aussi bien l’introduction, que j’avais davantage improvisée, que l’homélie, qui méritait quelques reformulations.<br />
    </em>
</p>
<p>
    La vie spirituelle, c’est tout ce qui permet de vaincre ses peurs devant la vie bouillonnante, tumultueuse, inattendue, mais fabuleuse et riche en<br />
    évènements.
</p>
<p>
    Elle était la plus jeune des filles Piret, et elle ne parvenait pas à suivre ses grandes soeurs. Elle était petite et timide, et elle avait peur de tout,<br />
    peur du noir, peur des animaux de la ferme&#8230; Où a-t-elle puisé la force spirituelle pour vaincre toutes ses peurs ? Car on peut mesurer aujourd’hui<br />
    l’énergie et la force spirituelle qu’elle a déployées pour élever une nombreuse famille, à la force de ses bras, de sa volonté, de son état d’esprit, de<br />
    ses convictions.
</p>
<p>
    Elle a trouvé cette force chez son papa, courageux, entreprenant, audacieux, pour qui elle avait beaucoup d’admiration. Sous des dehors bourrus, il était<br />
    très attentif et protecteur pour ses filles. Chez sa maman, cultivée, rêveuse, mais qui avait une autorité de fer. Elle était celle qui pensait<br />
    l’entreprise familiale. Comme elle, maman a beaucoup puisé dans ses lectures : elle choisissait des romans qui parlaient de la vie familiale, qui mettaient<br />
    en valeur la vie à la campagne et le travail, qui exaltaient la vie saine et simple. Les états d’âme des bourgeois névrosés par des haines implacables, des<br />
    jalousies, le goût des richesses insultantes, les complexes maladifs, les passions décadentes la laissaient perplexe !
</p>
<p>
    Avec papa, qui l’avait choisie (elle répétait dans sa petite chambre : “C’est lui qui m’a choisie !”), elle a mené une aventure fantastique. Elle n’avait<br />
    pas choisi sa vie, il avait choisi pour elle, mais elle l’a assumée (“je l’ai aimé&#8230;”). Ils ont trouvé l’un chez l’autre des forces qu’ils ignoraient.
</p>
<p>
    Enfin, Maman a beaucoup puisé dans sa foi, sa confiance en Dieu : l’eucharistie dans sa chère église d’Obaix où elle est allée tant qu’elle a pu ; la<br />
    prière, ses lectures autour de l’évangile et de la vie chrétienne.
</p>
<p>
    Tout cela lui a donné une force intérieure impressionnante qu’elle communiquait et qui apaisait. Elle le faisait avec peu de paroles. Elle était<br />
    silencieuse, &#8211; trop aux yeux de certains -, mais elle avait fait du silence sa force. Il suffisait de s’asseoir à côté d’elle, il n’était même pas<br />
    nécessaire de raconter ce qui n’allait pas, elle disait : “ça va aller&#8230;” Elle absorbait l’angoisse comme une éponge. On repartait serein. Et ça allait !<br />
    ça allait ! On faisait aller&#8230; C’était son charisme, jusqu’au moment où elle est devenue trop fragile pour attirer la peine sur elle même pour l’évacuer<br />
    comme un paratonnerre ou une prise de terre.
</p>
<p>
    Maman nous a donné quelques leçons de théologie, par ses paroles, par ses gestes, par sa vie.
</p>
<p>
    J’ai eu un jour l’effronterie – j’étais encore bien jeune &#8211; de lui demander pourquoi elle allumait des bougies et déposait des fleurs aux pieds de la<br />
    statue de la Vierge. Elle m’a répondu : “Dès que je m’assieds, je m’endors. Alors elles veillent et prient pour moi”. Et de fait, dès qu’elle s’asseyait à<br />
    l’église, elle s’endormait. Entretemps, j’avais découvert que la prière, c’étaient tous les petits gestes, toutes les petites attentions qui nous mettent<br />
    en complicité avec Dieu. Les objets, les images peuvent le faire. Mais je dois ajouter que maman ne se contentait pas de n’importe quelle dévotion, elle<br />
    choisissait des choses significatives et belles.
</p>
<p>
    Et si la statue de Saint Brigitte, protectrice du bétail, se trouve encore dans cette église d’Obaix, là bas au fond, c’est grâce à maman. Lorsque le Père<br />
    Gaston a rafraîchi la peinture de l’église, et qu’il a fait enlever les statues en surnombre, il a demandé l’avis des paroissiens : ceux qui tenaient à une<br />
    statue pouvaient se manifester. Maman a demandé que Ste Brigitte, protectrice du bétail&#8230; et des familles nombreuses&#8230;, soit conservée.
</p>
<p>
    Mais il y a plus profond. C’est d’elle que j’ai entendu dire pour la première fois : “Il y a des gens qui sont nés pour faire plaisir”. Il y a beaucoup de<br />
    profondeur et de vérité dans ce petit credo. Credo, car il n’y a pas de preuve définitive aux yeux des pessimistes qui ne savent pas décoder l’expérience<br />
    quotidienne. Cette vision de l’humanité qu’avait maman fait honneur à Dieu. Je l’ai souvent retrouvée ensuite, sous diverses formes et expressions,<br />
    notamment dans mes lectures. Les plus belles histoires, les plus sensibles, montrent en effet que beaucoup d’humains sont touchés par la grâce, que leur<br />
    coeur cultive la bienveillance. Sherman Alexie, un auteur indien d’Amérique du Nord dit même, dans le titre d’une nouvelle, que “Les braves gens sont trop<br />
    nombreux pour qu’on les compte !”. Les braves gens, on en trouve surtout chez les pauvres, chez les humbles. Maman m’a appris que Dieu a mis dans nos<br />
    coeurs le désir de faire plaisir&#8230;
</p>
<p>
    Pendant la guerre, une torpille était tombée tout près de sa maison, à Baulers, creusant un énorme entonoir. On y avait jeté les cadavres de deux chevaux,<br />
    et on aurait dit deux mouches au fond d’une tasse. Pour combler le trou, on avait amené de la terre provenant du cimetière, et on y voyait encore des os.<br />
    Avec ses soeurs, elle plaisantait en imaginant la scène lors de la résurrection, chacun réclamant : “Eh, qui a vu mon tibia ? Rendez-moi mon cubitus ! Où<br />
    ai-je la tête ? ” Elle avait compris que la résurrection de la chair, ce n’était pas redevenir pareils que dans cette vie sur terre, mais le retour au<br />
    coeur de Dieu, là où il n’y a plus que l’amour. C’est déposer son souffle dans le souffle de Dieu. La résurrection, c’est l’affaire de l’amour.
</p>
<p>
    Toute sa vie, elle a prié. Même toute seule, elle faisait sa prière avant chaque repas. Et je la vois encore, dans son fauteuil, au gîte chez Noëlle,<br />
    cesser sa lecture, accablée, pleine de bleus après une chute, affaiblie, joindre ses mains et se mettre à réciter comme si elle menait une bataille les “je<br />
    vous salue marie”, cherchant un apaisement. Elle nous rappelle que la prière naît de notre fragilité, de notre précarité, de notre désarroi. Les mots<br />
    précarité et prière ont la même racine. Il faut savoir qu’on est perdu pour demander d’être sauvé. Prier est un très beau travail.
</p>
<p>
    Depuis un an, dans sa petite chambre du hôme Corbisier, elle nous montrait ses mains aux doigts longs et fins, les os saillants, ses mains toujours pleines<br />
    d’hématomes, de grandes taches violettes jusqu’aux poignets et sur tout le bras. Elle les regardait, ses mains, avec une sorte de stupéfaction, un<br />
    étonnement, et aussi une légitime satisfaction. Elle disait : “Elles ont tellement travaillé !”, “il n’y avait pas de machines !&#8230;”. Des mains<br />
    magnifiques, malgré qu’elles étaient toutes déformées par les multiples travaux. Elle les regardait, montrait la paume, puis le dos, l’air de dire : c’est<br />
    incroyable ce que j’ai pu faire avec ces mains, ce que j’ai pu faire de ma vie. Quelle somme de travail ! Elle m’a même demandé une fois : “C’est vrai que<br />
    j’ai eu onze enfants ?” Incrédule, comme Saint Thomas regardant les mains de Jésus. Elle si petite. Elle a été comme la petite boule de levain glissée dans<br />
    des kilos de farine et qui font lever toute la pâte.
</p>
<p>
    Ces mains qui ont pétri le pain. Un pain savoureux, avec juste ce qu’il faut d’eau, de sel, de levain. Papa ne voulait pas de pain qui ne soit pas pétri<br />
    par elle. La voir boxer et retourner cette énorme masse de pâte dans le pétrin, 20 kgs qui tournaient dans ses mains magiques ! Pour moi, ces mains seront<br />
    à jamais liées à la lessive, mais surtout à ce pain.
</p>
<p>
    Ces mains, je vous les livre comme parabole de Dieu aimant : Dieu a beaucoup travaillé, et il travaille encore beaucoup pour pétrir amoureusement notre<br />
    humanité et la rendre savoureuse. Ce sont des mains qui caressent, qui bénissent, qui protègent, et qui travaillent abondamment.
</p>
<p>
    Les mains de Dieu ont de grandes taches. Ce sont les mains ensanglantées de Jésus crucifié. Ces mains qui étaient si bonnes, qui bénissaient et caressaient<br />
    et guérissaient, et qu’on a voulu immobiliser. Comme si on pouvait empêcher les mains d’être bonnes ! Mais on ne peut arrêter les mains de Dieu.<br />
    D’ailleurs, nous pouvons lui offrir les nôtres.
</p>
<p>
    La vieillesse, la fragilité, ont fini par immobiliser les mains travailleuses de maman, ces mains magnifiques qui ont fait tant de bien. Ces mains qui,<br />
    maintenant, continuent de prier pour nous, et pour chacun de vous.
</p>
<p align="right">
    Jean-François
</p>
<p align="right">
    31 mai 2012</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
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